Sexualité et interdits religieux
D’aucuns ont longtemps pensé que la psychanalyse a constitué le mouvement princeps ayant déclenché la libération sexuelle au siècle dernier, Freud ayant montré, certes après d’autres auteurs, combien la sexualité pouvait être centrale dans l’organisation de la conduite humaine. A y regarder de près, il n’en est rien et Freud, dans Malaise dans la civilisation en 1930, l’exprime à travers la nuance suivante : « Si la civilisation impose d’aussi lourds sacrifices, non seulement à la sexualité mais encore à l’agressivité, nous comprenons mieux qu’il soit si difficile à l’homme d’y trouver son bonheur ». La sexualité débridée est donc bannie au nom d’une régulation nécessaire pour établir l’équilibre tant souhaité entre le Moi-plaisir et le Moi-réalité. Il s’agit donc là d’un travail constant dont l’objectif est d’assurer à la fois la sauvegarde psychique du sujet et celle, biologique en quelque sorte, de de l’espèce. Gilles Deleuze dans l’Anti-œdipe, en 1972, l’affirme sous une forme paradoxale frappante : « Ce n’est pas la sexualité qui est un moyen au service de la génération, c’est la génération des corps qui est au service de la sexualité comme autoproduction de l’inconscient ». On comprend dès lors facilement que la sexualité et son contrôle aient pu constituer une préoccupation majeure dans le discours religieux. Si la conduite humaine doit constamment être orientée vers le Bien, comment concilier cette recherche de la perfection avec le gouvernement de soi dans la gestion de l’instinctualité ? Bertrand Russel en 1929, dans son livre Pourquoi je ne suis pas chrétien, exprime ainsi l’une de ses réticences : « L’Église fit ce qu’elle put pour que la seule forme de sexualité admise entraînât très peu de plaisir et beaucoup de souffrance ». Les enseignements religieux se placent-ils dans le refus systématique du plaisir ou ouvrent-ils la voie à la découverte du sens profond de la sexualité humaine comme terrain de réalisation de soi ? Maurice Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception en 1945, le suggère ainsi : « Si l’histoire sexuelle d’un homme donne la clef de sa vie, c’est parce que dans la sexualité de l’homme se projette sa manière d’être à l’égard du monde, c’est-à-dire à l’égard des autres hommes ». C’est pour éclairer de mille feux ces problèmes que nous avons confié à des religieux, théologiens, philosophes, médecins et psychanalystes le soin de nous introduire dans une réflexion féconde pouvant avoir des retombées bénéfiques tant personnelles que collectives : nos amis français, les psychanalystes Jacques Arènes, Jean-Michel Hirt et Sophie de Mijolla-Mellor et les collègues et amis libanais Antoine Courban, Salim Daccache, Jad Hatem et Mohammad Nokkari.
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