Quand musique sacrée rime avec générosité

Par Alain E. Andrea, in L'Orient - Le Jour, mardi 28 juillet 2020.

Le récital organisé dimanche soir par le Chœur de l’USJ, sous la direction de Yasmina Sabbah, en collaboration avec des membres de l’Orchestre philharmonique et l’Orchestre des Jeunesses musicales du Liban, constitue un des exemples les plus probants de la fraternité retrouvée dans un monde hobbesien où «l’homme est un loup pour l’homme».

«Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser», dixit Albert Camus. Ce n’est qu’en ces temps de grave crise sanitaire, d’effondrement économique, de dégradation des conditions sociales et d’incertitude politique que les mots prophétiques de l’auteur de La Peste prennent tout leur sens. Face à cette succession de crises, la solidarité demeure encore et toujours au cœur des engagements des Libanais. Le récital organisé dimanche soir par le Chœur de l’USJ, sous la direction de Yasmina Sabbah, en collaboration avec des membres de l’Orchestre philharmonique du Liban et l’Orchestre des Jeunesses musicales du Liban, constitue un des exemples les plus probants de la fraternité retrouvée dans un monde hobbesien où «l’homme est un loup pour l’homme». Ce concert à but caritatif, sans public et diffusé en direct, intitulé There will always be light (Il y aura toujours de la lumière), au cours duquel fut interprété un des joyaux de la musique sacrée d’une bouleversante puissance émotionnelle, le Requiem en ré mineur de Mozart, avait pour but de lever des fonds au profit des associations Lebanese Food Bank et Cercle de la jeunesse catholique.* Musicalement, le déroulement du concert a oscillé entre des moments de pure beauté reflétant de belles réussites de la part d’un chœur amateur mais également des moments décevants, voire même déroutants quelquefois.

Tout d’abord, il est important de mentionner que Mozart est mort avant de pouvoir achever la composition de son requiem. C’est donc son élève Franz Xaver Süssmayr qui aura le mérite de le compléter. Cependant, son orchestration bien qu’impressionnante a été gâchée par des erreurs de voix, de doublages de notes non conformes aux règles du classicisme ainsi que d’autres détails grammaticaux qui ont fait que d’autres musicologues et compositeurs ont tenté de compléter la pièce inachevée dont Richard Maunder, Franz Beyer, H. C. Robbins Landon et Robert Levin. C’est la version lumineuse de ce dernier qui a été adoptée par la cheffe du Chœur de l’USJ pour le concert de dimanche. Quant aux solistes, c’est la voix angélique de la soprano Marie-Josée Matar qui a attiré toutes les attentions. Son timbre cristallin a irradié toutes les autres voix chantées par la mezzo-soprano Grace Medawar, le baryton basse César Naassy et le ténor Rani Ayrouth dont la performance était peu convaincante.

Par ailleurs, faute d’effectif orchestral, les trois trombones nécessaires pour cette pièce ont été remplacés par un basson qui s’est chargé de jouer le solo de Tuba mirum afin de rendre possible l’exécution de cette pièce. Quoi qu’il en soit, on ne peut que saluer cette chorale universitaire pour sa généreuse initiative, vu que son but était purement caritatif. Une critique musicale approfondie d’un tel concert serait injuste si l’on compte tous les obstacles que ce chœur a dû franchir, dans cette période difficile, pour pouvoir produire ce concert. L’absence de synchronisation entre les voix parfois et le manque d’homogénéité entre les solistes deviennent alors des détails (presque) négligeables devant les objectifs de ce projet. 

Les donations se poursuivent sur la plate-forme: https:https://donate.lebanesefoodbank.org/en-US/donate/1/c/usj-choir/12/?fbclid=IwAR2lACnKw108dPv83zY9LORULy16kuz7dMWIdoEgUoDy8IcYWGcjdbNKuE8