Le Pr Roland Tomb élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur
Le Pr Roland Tomb, Directeur de l’Université pour tous (UPT) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), Doyen honoraire de la Faculté de médecine de l’USJ et professeur invité au Collège de France, a été élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur lors d’une cérémonie organisée le 9 juin 2026 au ministère français de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, à Paris.
La médaille lui a été remise par le ministre Philippe Baptiste, en présence du R.P. François Boëdec, s.j., Recteur de l’USJ, du ministre libanais des Affaires étrangères, S.E. M. Joe Rajji, ainsi que de nombreuses personnalités venues du Liban, de France et de plusieurs autres pays.
Dès l’ouverture de son allocution, M. Philippe Baptiste s’est réjoui d’accueillir le Pr Tomb au sein du ministère, soulignant la portée symbolique du lieu choisi pour cette cérémonie. D’autres institutions auraient pu légitimement accueillir un tel hommage, a-t-il observé, évoquant le ministère de la Santé, celui des Affaires étrangères ou encore le Collège de France. Mais le choix du ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche revêtait une signification particulière, tant il renvoie aux deux fils conducteurs d’une vie consacrée à « la recherche de la vérité et à la transmission ».
Le Ministre a rappelé que le parcours du Pr Tomb dépasse largement les frontières habituelles des disciplines universitaires. Médecin reconnu, universitaire respecté et intellectuel curieux de tout, il a toujours cultivé un appétit de savoir qui l’a conduit vers de multiples directions, avec un égal souci d’excellence.
Cette distinction honorait aussi un homme profondément attaché à la France. « Vous êtes depuis toujours non seulement francophone, mais aussi un francophile passionné », a rappelé le Ministre, voyant dans cet attachement non seulement l’héritage d’une histoire familiale, mais également celui d’une relation séculaire entre le Liban et la France. Évoquant les célèbres paroles du général de Gaulle sur les liens unissant les deux peuples, Baptiste a souligné à quel point Roland Tomb incarnait cette fidélité réciproque qui traverse les générations.
Il a ensuite dressé le portrait d’un universitaire dont la curiosité intellectuelle évoque celle des humanistes de la Renaissance. « En vous, la France honore un humaniste », a-t-il affirmé, saluant un médecin capable de conjuguer la rigueur scientifique avec une réflexion permanente sur la culture, l’histoire et les fondements mêmes de la connaissance.
En effet, les étudiants de médecine ont été parmi les premiers témoins de cette approche singulière. Philippe Baptiste a ainsi rappelé avec admiration certaines initiatives qui ont marqué son décanat, notamment l’introduction d’épreuves de culture générale dans les examens d’admission aux études de médecine, ainsi que l’ouverture inattendue d’un cours consacré à la langue phénicienne. Une manière d’affirmer que la formation d’un médecin ne saurait se limiter à l’acquisition de compétences techniques, mais doit s’inscrire dans une compréhension plus large de l’homme et de sa civilisation.
Cette vision trouve aujourd’hui un prolongement naturel dans l’UPT, dont Roland Tomb assure la direction. À la tête de cette institution ouverte à toutes les générations, il peut donner libre cours à sa passion pour la transmission des savoirs et faire découvrir au plus grand nombre d’étudiants la richesse de disciplines aussi diverses que la littérature, l’histoire, les sciences ou les langues anciennes.
Le Ministre français a également esquissé un portrait plus personnel de l’homme derrière l’universitaire. Ceux qui fréquentent son bureau connaissent son affection pour la bande dessinée franco-belge et les nombreuses figurines de Tintin qui y trouvent leur place. Cette fidélité à l’univers d’Hergé témoigne d’un goût pour « la ligne claire », à l’image de la rigueur intellectuelle qui a toujours guidé sa réflexion.
Avec humour, Philippe Baptiste a évoqué cette soif d’apprendre qui ne l’a jamais quitté. Ses compagnons de voyage savent qu’il part et revient souvent avec des valises remplies de livres là où d’autres prévoient de rapporter des souvenirs. Une anecdote qui illustre une existence placée sous le signe de la lecture, de la curiosité et de la découverte permanente.
Le Ministre a également rappelé les nombreuses facettes d’une carrière exceptionnelle. Dermatologue de renom, Roland Tomb a construit la réputation de son service à l’Hôtel-Dieu de France et contribué au rayonnement de la Faculté de médecine de l’USJ. Chercheur prolifique et auteur de nombreuses publications scientifiques, il a également joué un rôle important au sein des sociétés savantes françaises et libanaises de dermatologie.
Son leadership a été reconnu par ses pairs à travers une distinction rare : son élection à trois reprises au décanat de la Faculté de médecine. Sous son impulsion, l’USJ s’est dotée d’outils innovants, notamment d’un centre de simulation de pointe, tout en poursuivant le développement d’une formation médicale répondant aux standards les plus avancés.
Philippe Baptiste a également mis en lumière des qualités moins visibles mais tout aussi essentielles : son attention constante portée aux équipes hospitalières et universitaires, son sens de la continuité institutionnelle ainsi que sa volonté de préparer sa succession, après douze ans à la tête de la Faculté, afin de garantir la pérennité des projets engagés.
Enfin, il a souligné combien la passion du Pr Tomb pour les langues anciennes – le syriaque, le phénicien ou l’hébreu – révélait une quête intellectuelle plus profonde : revenir aux sources pour dépasser les divisions qui séparent les peuples, les religions et les nations. Né dans une terre souvent marquée par les fractures de l’histoire, il a constamment cherché à construire des ponts entre les cultures et les héritages.
Depuis plus de quarante ans, a conclu Philippe Baptiste, Roland Tomb consacre sa vie à la recherche et à la transmission. En décloisonnant les disciplines, en rapprochant la médecine des humanités et en faisant vivre l’amour de la langue française aussi bien au Liban qu’en France, il incarne pleinement ce « nouvel humanisme » dont notre époque a fortement besoin.
L'émotion du Pr Tomb était palpable lorsqu’il a pris la parole pour remercier la République française de cette distinction qu'il a reçue avec une sincère gratitude. D'emblée, il a placé son intervention sous le signe de l'amitié, cette valeur qui a jalonné son parcours personnel et professionnel. « Je commence à croire que les amis sont ces gens qui nous connaissent si bien qu'ils finissent par nous croire meilleurs que nous sommes et qui, par affection, nous aident à y croire un peu plus », a-t-il confié à une assistance réunissant des invités venus de quatorze pays différents.
Loin de considérer cela comme le symbole d'une élite mondialisée, il a préféré y voir « quelque chose de plus rare : un rassemblement d'amis authentiques », rappelant au passage que les liens humains constituent souvent la plus belle récompense d'une vie consacrée au service des autres. La présence du ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Rajji, ami de longue date, lui a offert l'occasion d'évoquer une conviction qui lui est chère : « L'amitié se reçoit en cadeau de la vie et se conserve par le choix quotidien de la fidélité. »
Au fil de son allocution, les institutions qui ont marqué son existence se sont naturellement imposées dans son récit. Sa reconnaissance envers le Collège de France s'est accompagnée d'un hommage appuyé à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, dont il est devenu au fil des décennies l'une des figures les plus marquantes. Revenant avec humour sur son arrivée à l'USJ il y a trente-trois ans, alors qu'il n'était pas issu de l'institution, il s'est souvenu qu'« au début, on a parlé de parachutage » avant de constater que « très vite, nous nous sommes mutuellement apprivoisés ». L'histoire commune qui s'en est suivie a conduit ses collègues à lui accorder à trois reprises leur confiance en l'élisant doyen de la Faculté de médecine, au point que « nos chemins sont devenus indissociables ».
La présence du R.P. François Boëdec, venu spécialement de Beyrouth pour assister à la cérémonie, l'a particulièrement touché. À travers lui, c'est toute l'institution qu'il a voulu saluer, formulant des vœux de réussite pour celui qui a pris récemment la tête de l'Université dans un contexte particulièrement difficile. Convaincu que le nouveau Recteur saura « en bon Breton mener la barque à bon port malgré les secousses et les intempéries », il a réaffirmé sa confiance dans la mission que poursuit l'USJ « au service de la société, du Liban et de la francophonie ».
Ce plaidoyer en faveur de la francophonie a constitué l'un des moments forts de son intervention. Héritier d'une longue tradition de dialogue entre le Liban et la France, le Pr Tomb a rappelé combien la langue française demeure constitutive de l'identité culturelle libanaise, tout en alertant sur les menaces auxquelles elle est aujourd'hui confrontée. « Le statut de la langue française est menacé au Liban comme il ne l'a jamais été auparavant », a-t-il observé avec gravité, estimant que la défense de cette langue et de la culture qu'elle véhicule exige désormais davantage qu'une simple posture de principe.
Militant de longue date pour la francophonie, il a plaidé pour un engagement plus affirmé de la France dans cette région du monde. Citant Albert Camus, pour qui « Ma patrie, c'est la langue française », il a rappelé que les francophones entretiennent avec la France un lien qui dépasse largement les frontières nationales. Lui-même binational franco-libanais, il a tenu à témoigner de cette affection particulière que nourrissent de nombreux Libanais pour la France : « Vous n'imaginez pas du tout la francophilie de certains Libanais », un attachement qui trouve sa source dans l'amour de la langue française.
Cette réflexion a donné lieu à l'un des passages les plus inspirés du discours. La langue, a-t-il expliqué, « n'est pas seulement un outil de communication ». Elle est aussi « une façon d'être, une lumière particulière sur les choses, une musique singulière vers laquelle on apprend à reconnaître sa propre voix ». Elle façonne notre manière de penser, d'aimer, de souffrir et de transmettre. Derrière ces mots, se dessinait le parcours d'un homme qui a toujours considéré la connaissance comme un moyen de relier les êtres humains plutôt que de les séparer.
La conclusion fut plus intime encore. Évoquant sa mère, son père et son frère, le Pr Tomb a rappelé que « les disparus ne sont jamais vraiment partis » et qu'ils demeurent présents « dans le silence des mots qu'on n'ose plus dire, dans le rire qu'on entend encore quand on s'y attend le moins ». Après avoir rendu hommage à sa sœur et à ses enfants, il a exprimé sa gratitude à tous ceux qui avaient fait le déplacement pour partager ce moment.
La cérémonie s'est achevée sur une phrase qui résume à elle seule le sens de cette distinction et le parcours de celui qui la recevait : « Votre seule présence est un immense cadeau. Si la vie est un voyage, alors ce soir fait partie de ces haltes qui la rendent plus belle. »
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