Bahige Tabbara (FDSP, 1951) : Adieu
Article rédigé par Helen Tayar, Directrice du Bureau des anciens étudiants de l’USJ.
L’Université Saint-Joseph de Beyrouth fait ses adieux à Bahige Tabbara, membre de son Conseil stratégique et diplômé de la Faculté de droit et des sciences politiques en 1951.
Bahige Tabbara s’est éteint le 26 juin 2026, à l’âge de 97 ans. Avec lui disparaît une génération qui a accompagné les grandes transformations du Liban, de l’avant-guerre civile aux années de guerre, en passant par l’après-Taëf jusqu'aux tentatives de reconstruction du pays, une génération pour laquelle le droit et la politique formaient un même langage, et où la fonction publique relevait d’abord d’un engagement envers l’État.
Né à Beyrouth en 1929, il suit sa scolarité à l’International College avant de rejoindre la Faculté de droit et des sciences politiques (FDSP) de l’USJ. Il obtient sa licence en 1951, puis poursuit ses études en France, où il décroche un doctorat d’État en droit à l’Université de Grenoble. De retour au Liban, il rejoint le Barreau de Beyrouth en 1954. Il exerce comme avocat et enseigne à l’Université libanaise (UL) ainsi qu’à l’USJ.
Très tôt, le droit occupe une place centrale dans sa trajectoire. Il devient une manière de lire les institutions, d’en comprendre les fragilités et d’en suivre les évolutions.
Cette lecture du pays ne le quitte pas lorsqu’il entre en politique. Il ne cherche ni les tribunes ni les foules. Il reste du côté des textes et des institutions. Dans l’exercice du pouvoir aussi, il garde ce regard de juriste, attentif aux règles autant qu’aux équilibres. Son parcours traverse les grandes séquences du pays sans se laisser enfermer dans une logique partisane.
En 1973, il entre au gouvernement comme ministre de l’Économie et du Commerce. L’expérience est brève, mais elle s’inscrit dans un moment où la République commence à se fissurer sous le poids des tensions politiques. Il reprend ensuite son activité d’avocat pendant les années de guerre, tout en restant proche des cercles juridiques et des débats publics.
Sa trajectoire prend une autre dimension lorsqu’il s’inscrit, après l’accord de Taëf, au cœur du projet de reconstruction de l’État. Dans cette phase, il rejoint Rafic Hariri comme conseiller juridique. Une relation de travail s’installe, faite de confiance et d’échanges constants. Il y occupe une place singulière de juriste de confiance, souvent sollicité pour relier les exigences du droit aux réalités d’un État en recomposition. Il occupe ensuite plusieurs fonctions ministérielles dans ses gouvernements successifs, dont celles de ministre de la Justice entre 1992 et 1998, puis entre 2003 et 2004, après un passage comme ministre d’État. En 2005, il est élu député de Beyrouth.
Dans ces années, son rôle dépasse la seule gestion des dossiers juridiques. Il intervient au cœur des équilibres institutionnels, entre exigence de réforme et contraintes du système politique. La justice, pour lui, ne se limite pas au texte de loi : elle touche à la capacité de l’État à se réformer, à protéger ses institutions et à restaurer la confiance. Cette approche se traduit notamment par un travail sur l’organisation du système judiciaire et l’attention portée au fonctionnement de ses structures. Il y défend une idée constante : une institution ne tient que par la qualité de ceux qui la servent et par la confiance qu’elle inspire.
En parallèle, il participe à plusieurs réflexions sur la place de la loi dans la vie publique, convaincu que la stabilité d’un pays repose d’abord sur la solidité de ses institutions et sur la clarté de ses règles. Derrière cette rigueur intellectuelle se dessinait aussi une forme de retenue personnelle, une manière discrète d’être présent sans jamais occuper excessivement l’espace public.
En 2013, il est élu président de l’Organisation arabe de lutte contre la corruption et poursuit ainsi un engagement tourné vers les questions de gouvernance et de transparence.
L’USJ reste un repère constant dans son itinéraire. Il devient membre de son Conseil stratégique et conserve, au fil des années, un lien fidèle avec son Alma mater, à laquelle il reste attaché dans ses engagements comme dans sa réflexion sur la vie publique.
Son départ laisse le souvenir d’un homme de droit dont le parcours s’est écrit au rythme des secousses du pays, mais aussi celui d’une génération qui a tenté de maintenir l’idée d’État au cœur des pratiques politiques, malgré les ruptures et les recompositions successives.
L’USJ et sa communauté d’Alumni adressent à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont accompagné leurs condoléances les plus sincères.
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