L’OFP accueille un dialogue régional sur les transformations mondiales et les droits des femmes
L’Organisation de la femme arabe, en coopération avec la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises, ONU Femmes et l’Observatoire de la fonction publique et de la bonne gouvernance (OFP) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), a ouvert ce mardi les travaux de l’atelier régional intitulé « Les grandes transformations mondiales et leurs répercussions sur les questions relatives aux femmes dans le monde arabe : vers l’élaboration d’une vision stratégique renouvelée permettant une bonne gouvernance ».
L’OFP a accueilli les travaux de cet atelier du 6 au 8 octobre 2026 au Campus François Debbané des sciences sociales à Achrafieh, avec la participation de représentants des mécanismes nationaux chargés des affaires des femmes dans les pays arabes, d’institutions régionales et internationales, ainsi que d’un groupe de diplomates des représentations arabes auprès de la Ligue des États arabes et de femmes journalistes arabes reconnues et expérimentées.
Les travaux ont débuté par une séance inaugurale réunissant de nombreuses personnalités officielles, diplomatiques, académiques et médiatiques, ainsi que des décideurs, des représentants d’organisations de la société civile, d’institutions nationales et internationales et différents acteurs concernés par les questions de développement, de droits humains et de droits des femmes. La séance inaugurale a été animée par Mireille Abou Khalil, membre du Comité consultatif des jeunes de l’Organisation de la femme arabe.
En ouverture, le Pr Pascal Monin, Directeur de l’OFP, a souhaité la bienvenue aux participants, soulignant l’importance du partenariat entre les institutions organisatrices autour des questions de gouvernance, de politiques publiques et de droits des femmes. Il a inscrit la tenue de cet atelier dans le prolongement du rôle de Beyrouth et de l’USJ dans la création d’un espace de dialogue stratégique reliant la recherche académique à la prise de décision. Il a insisté sur le fait que la promotion des droits des femmes et la consolidation de la bonne gouvernance sont désormais des piliers de la résilience des États et des sociétés face aux transformations mondiales.
Le Pr Monin a également évoqué les dix années de parcours de l’Observatoire, rendant un hommage particulier au Pr Fadia Kiwan, Directrice générale de l’Organisation de la femme arabe, pour son rôle dans le lancement de cette initiative et dans la réduction du fossé entre les connaissances académiques et les politiques publiques. Il a affirmé que « la bonne gouvernance doit passer du statut de simple concept ou d’objectif institutionnel à celui de condition essentielle de la capacité des États et des sociétés à faire face aux nouvelles transformations ».
Le Pr Fadia Kiwan, , a évoqué le recul du rôle de l’État-providence dans la région arabe sous l’effet des guerres et des transformations rapides. Elle a souligné la responsabilité de la communauté internationale dans l’arrêt des conflits, le soutien aux processus de paix et la protection des droits des femmes, qui figurent parmi les premières victimes des crises.
Fadia Kiwan a établi un lien entre les transformations internationales et la nécessité de revoir les outils et les politiques adoptés dans l’approche des questions relatives aux femmes. Elle a expliqué que cette rencontre à l’Observatoire vise à fournir aux décideurs des perspectives et des recommandations susceptibles de soutenir les politiques publiques et d’assurer l’intégration des droits des femmes dans les plans de développement.
Elle a notamment insisté sur plusieurs éléments fondamentaux : la nécessité d’un engagement gouvernemental clair, de politiques publiques efficaces, d’approches globales et intégrées, ainsi que d’une meilleure coordination, d’une réflexion stratégique et de méthodes de travail dépassant les approches traditionnelles. Soulignant l’impact de la sensibilisation et du dialogue continu sur l’évolution des attitudes sociales et la promotion des femmes à des postes de direction, elle a déclaré : « Cette évolution s’est notamment illustrée dans le modèle marocain avec la désignation de Fatima Zahra Mansouri pour former le gouvernement, l’expérience ayant démontré que les efforts de sensibilisation et le dialogue constant mené par les organisations féminines et les institutions de la société civile ont contribué à préparer l’opinion publique et à favoriser l’accession des femmes aux plus hauts postes de responsabilité, sans même avoir besoin d’appliquer un système de quotas. »
De son côté, Rodrigo Montero, Directeur du programme régional Dare to Care d’ONU Femmes, a souligné l’importance du partenariat développé avec l’OFP à Beyrouth, dans un contexte marqué par les défis politiques et humanitaires de la région et par des pressions croissantes sur les droits des femmes et la gouvernance.
Rodrigo Montero a insisté sur la nécessité d’assurer une cohérence entre les politiques publiques et les réformes institutionnelles, ainsi que de tirer profit des expériences internationales sans reproduire des modèles préétablis, mais en les adaptant aux spécificités du contexte arabe, à travers un partenariat entre les universités, la société civile et les institutions concernées par les droits des femmes.
Il a également souligné le rôle des universités dans la production de connaissances issues des réalités locales et capables de contribuer à la justice et à la transformation institutionnelle. Il a appelé à une présence accrue des femmes arabes aux postes de décision, notamment au sein des institutions internationales. L’objectif, a-t-il relevé, est de renforcer une représentation féminine capable d’engendrer des changements réels dans les politiques et les institutions, plutôt que de simplement reproduire les schémas existants.
Pour sa part, la conseillère Amal Ammar, Présidente du Conseil national de la femme de la République arabe d’Égypte et du Conseil exécutif de l’Organisation de la femme arabe, a insisté sur l’importance de la coordination et de la coopération arabes dans la promotion des droits des femmes, tout en respectant les spécificités des expériences nationales de chaque pays.
Elle a notamment présenté l’expérience égyptienne dans le lancement de la Stratégie nationale pour l’autonomisation des femmes et le soutien politique dont elle a bénéficié, affirmant que « la femme n’a jamais été une simple bénéficiaire ou une simple auditrice des politiques publiques, mais qu’elle en a été une actrice et une partenaire essentielle dans leur élaboration et leur adoption ».
Amal Ammar a également rendu hommage aux femmes palestiniennes face aux conséquences de la guerre, soulignant que la protection des droits des femmes en période de conflit armé constitue une responsabilité internationale qui ne saurait souffrir de relâchement. Elle a appelé à poursuivre le dialogue scientifique et stratégique, qu’elle considère comme une voie essentielle pour développer les politiques publiques et renforcer la participation des femmes à la construction de l’avenir.
Au nom de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises, Nathalie Zaarour, secrétaire de la Commission et membre du Conseil exécutif de l’Organisation de la femme arabe, a évoqué les multiples défis auxquels sont confrontés les droits des femmes et leur participation effective dans le contexte actuel. Elle a souligné la nécessité d’un engagement gouvernemental permettant de transformer les stratégies nationales en politiques et mesures concrètement applicables.
Elle a également présenté les progrès réalisés par la Commission dans l’intégration de l’approche fondée sur l’égalité entre les femmes et les hommes et dans le renforcement de la participation des femmes aux processus de relèvement et aux politiques institutionnelles. Zaarour a insisté sur la nécessité de maintenir la justice au cœur de l’élaboration des politiques publiques, estimant que, face à l’accélération des transformations, la question fondamentale consiste à déterminer les principes qui ne sauraient être remis en cause dans l’approche des droits et de la dignité des femmes.
Elle a déclaré : « Au milieu de toutes ces transformations et de tous ces changements rapides que nous vivons, la question fondamentale et essentielle demeure la suivante : quel est le principe intangible qui ne doit pas changer lorsque nous parlons des droits et de la dignité des femmes ? »
Les interventions inaugurales ont ainsi illustré la complémentarité des rôles entre l’organisation régionale, les mécanismes nationaux, les organisations internationales et le monde académique, dans une approche commune de l’avenir des politiques relatives aux droits des femmes face aux transformations rapides que connaissent le monde et la région arabe sur les plans politique, économique, social et technologique.
Pendant trois jours, l’atelier entendait analyser ces transformations et leurs répercussions sur la situation des femmes dans les pays arabes, et examiner les moyens de développer des réponses et des politiques davantage capables de les accompagner, avec pour objectif l’élaboration d’un document de politique publique comprenant des recommandations concrètes à l’intention des décideurs et des cadres nationaux.
Sept séances pour analyser les transformations sous des angles complémentaires
Les travaux de l’atelier ont été répartis en sept séances principales, suivies de discussions générales ouvertes, permettant d’aborder les transformations mondiales sous leurs dimensions politique, économique, sociale et juridique, tout en les mettant directement en relation avec la réalité des femmes dans la région arabe.
Lors de la première journée, l’atelier a abordé trois axes principaux. Dans la séance intitulée « Les grandes transformations géopolitiques : conflit entre unipolarité et multipolarité », S.E. M. l’ambassadeur Salim Badoura, Directeur des Affaires des organisations internationales au ministère des Affaires étrangères et des Émigrés, est intervenu, tandis que Me Joumana Sleilati, membre de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises, a modéré la séance et les discussions.
La séance intitulée « Les défis du système de fonctionnement des Nations unies : la crise de l’application des conventions internationales » a accueilli comme intervenante le Dr Marie Gantous, tandis que Rouba Makarem, membre de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises, en a assuré la modération.
Dans la séance consacrée à « L’économie des soins comme levier du changement social », Rodrigo Montero est intervenu, tandis que Rouba Makarem en a était le modérateur.
Le deuxième jour, les travaux se sont poursuivis autour de trois axes complémentaires. La séance « La mondialisation économique, son recul et son impact sur les femmes » était consacrée à une intervention du Dr Sara Hariri, professeure adjointe de politiques économiques à l’USJ, et était modérée par Mai Makzoumi, membre du Bureau exécutif de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises.
La séance « Le changement climatique et ses impacts : catastrophes naturelles et crise de la sécurité alimentaire » a accueilli le Dr Chadi Abdallah, secrétaire général du Conseil national de la recherche scientifique du Liban, tandis que Sabine Saad Makary, membre de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises, en a assuré la modération.
Enfin, la séance « Droits humains et droits des femmes au-delà de la controverse terminologique : harmoniser les concepts et faciliter l’élaboration des politiques nationales » a accueilli le Dr Maysoun Al-Atoum, Directrice du Centre d’études de la femme à l’Université de Jordanie. La séance était modérée par la juge Samranda Nassar, membre du Bureau exécutif de la Commission nationale pour les affaires des femmes libanaises.
L’atelier s’est achevé le jeudi 8 octobre par une table ronde intitulée « Qu’est-ce qui demeure intangible au milieu des transformations ? Définir les principes fondamentaux dans le cadre des droits humains et des droits des femmes ». Le Dr Fadia Kiwan y est intervenue, tandis que Nathalie Zaarour en était le modérateur. Une discussion générale a ensuite clos les travaux.
Au-delà de l’analyse des transformations internationales et de leurs répercussions sur la situation des femmes dans les pays arabes, l’atelier a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la sensibilisation à l’importance de la précision des termes et des concepts utilisés dans le domaine des droits des femmes, afin de favoriser la cohérence du discours et de l’élaboration des politiques nationales. Il visait également à favoriser l’échange d’expériences et de bonnes pratiques dans les domaines de la protection sociale, de l’économie des soins et de l’autonomisation des femmes.
Les résultats de l’atelier devraient également contribuer à approfondir la compréhension des participants des défis internationaux et régionaux, à élargir les réseaux entre jeunes responsables, universitaires et experts, ainsi qu’à contribuer au développement d’outils de référence, notamment le Guide de l’Organisation de la femme arabe sur les concepts et la terminologie relatifs aux droits des femmes, ainsi que la feuille de route régionale pour l’économie des soins dans le monde arabe.
La tenue de cet atelier au sein de l’USJ s’inscrit dans le cadre du partenariat entre l’Organisation de la femme arabe et l’Observatoire de la fonction publique et de la bonne gouvernance de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, dans un espace de travail commun reliant les questions relatives aux femmes arabes au développement des politiques publiques et à la bonne gouvernance.
Alors que l’Organisation œuvre à soutenir les droits des femmes et à renforcer leur présence dans les politiques et programmes des pays arabes, l’Observatoire se concentre sur le développement de l’administration et des politiques publiques ainsi que sur la consolidation des principes de transparence, de responsabilité et de bonne gouvernance. Cette complémentarité permet de relier les transformations mondiales à des réponses et des politiques arabes davantage capables de les accompagner.
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