Inauguration du Centre Philippe Salem pour les études politiques libanaises
Le Campus François Debbané des sciences sociales (CDSS) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth a accueilli, le lundi 13 juillet 2026, l’inauguration du Centre Philippe Salem pour les études politiques libanaises ainsi que du jardin qui l’entoure, deux projets rendus possibles grâce à la généreuse contribution du Pr Philippe Salem.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Pr Salem, du Recteur de l’USJ, le Pr François Boëdec, s.j., de son prédécesseur, le Pr Salim Daccache, s.j., du directeur de l’Institut des sciences politiques (ISP), le Pr Sami Nader, du ministre de la Justice, S.E.M. Adel Nassar, ainsi que de députés, d’anciens ministres, d’ambassadeurs, de représentants du corps diplomatique, de vice-recteurs, de doyens, de directeurs, de professeurs et d’étudiants.
Ouvrant la cérémonie, le Pr Boëdec a salué l’engagement du Pr Philippe Salem envers son pays d’origine et envers l’USJ. Il a souligné que, par son parcours exceptionnel aux États-Unis, le Pr Salem incarne « l’excellence, le sens du service, l’attachement à son pays d’origine et la volonté de transmettre aux générations futures ». En associant désormais son nom à celui de l’USJ, a-t-il indiqué, il choisit d’investir dans la jeunesse, la pensée et l’avenir du Liban.
Le Recteur a rappelé que cette inauguration revêtait une portée particulière dans un contexte régional marqué par les conflits et les fractures. Face à ces défis, l’Université fait le choix de construire un espace consacré à la réflexion, au dialogue et à la recherche. Il a expliqué que cette initiative répond pleinement à la mission de l’enseignement supérieur, qui consiste à faire face aux crises « non par le repli, mais par le savoir, la pensée critique, la formation et le dialogue ».
Évoquant la vocation du nouveau Centre, le Pr Boëdec a rappelé que le Liban traverse une crise qui dépasse les seules dimensions économique et institutionnelle et touche également la gouvernance, la confiance et la vision collective. Il a souligné que le Centre Philippe Salem pour les études politiques libanaises ambitionne de contribuer au débat public, de rapprocher le monde académique des décideurs, de promouvoir une réflexion stratégique au service de l’intérêt général et de former des responsables publics et des citoyens engagés, attachés aux valeurs de réforme, de transparence et de responsabilité.
Le Recteur a également insisté sur la nécessité de promouvoir une paix durable, fondée sur des institutions solides, la justice, la citoyenneté et la confiance entre les citoyens et leurs institutions. Selon lui, cette responsabilité incombe pleinement aux universités, appelées à favoriser le débat d’idées et la recherche.
Il s’est ensuite arrêté sur le jardin inauguré à cette occasion. Au cœur de cet espace trône un olivier centenaire, symbole de paix, de prospérité et de l’identité du Levant. « Créer un jardin est aussi un acte porteur de sens, celui de préserver la beauté, la culture, la convivialité et l’espérance », a-t-il affirmé.
Le Pr Boëdec a enfin rendu hommage à son prédécesseur, le Pr Salim Daccache, qui avait porté cette initiative dès ses débuts, ainsi qu’aux équipes administratives, académiques et techniques ayant contribué à sa réalisation. S’adressant au Pr Philippe Salem, il a estimé que ce Centre et ce jardin laisseront une empreinte durable au sein de l’Université et constitueront, pour longtemps, « un lieu où se rencontrent la liberté intellectuelle, l’exigence académique et le service du bien commun ».
Prenant ensuite la parole, le ministre Adel Nassar a tenu à remercier le Pr Philippe Salem pour son exceptionnelle contribution à la médecine, à la lutte contre le cancer et à la recherche scientifique, tout en saluant son engagement en faveur de l’éducation et des générations futures.
Le ministre a souligné que soutenir l’USJ revient également à préserver son identité, profondément liée à l’histoire du Liban et à la francophonie. Il a rappelé que la langue française et la langue anglaise ne s’opposent pas mais se complètent, invitant à préserver l’héritage francophone tout en demeurant ouvert au dialogue international.
Revenant sur la mission de l’Université, Nassar a insisté sur la notion de transmission, qu’il considère comme le cœur même de l’œuvre éducative des jésuites. Au-delà du savoir, il a rappelé que l’USJ transmet les outils intellectuels indispensables à l’esprit critique, au doute, au questionnement et à la réflexion.
Évoquant les sciences politiques, il a regretté la profonde crise de confiance qui affecte aujourd’hui la vie publique et ternit l’image de la politique, au Liban comme ailleurs. Il a appelé les universitaires et les étudiants à réfléchir sans tabou aux causes de cette défiance et à contribuer à réhabiliter l’action publique au service du bien commun. Selon lui, la reconstruction de cette confiance passe autant par une justice solide que par une pratique politique sincère, guidée exclusivement par l’intérêt général.
Le directeur de l’ISP, le Pr Sami Nader, a ensuite expliqué que le projet est né de la volonté de créer un espace où les étudiants et les enseignants puissent se rencontrer, prolonger leurs échanges et faire circuler librement les idées. Il a rappelé que le Campus d’Huvelin constitue depuis des décennies l’un des grands foyers intellectuels du Liban, ayant formé des générations de responsables politiques, de magistrats, de diplomates, de journalistes et de penseurs.
Le Pr Nader a souligné la dimension symbolique de l’olivier centenaire, qui évoque également les racines familiales et villageoises du Pr Philippe Salem, avant d’affirmer que son nom restera désormais durablement associé à celui de l’USJ.
Il a ensuite rendu hommage à l’ensemble des équipes ayant réalisé le chantier dans des circonstances particulièrement difficiles. Il a rappelé que la majeure partie des travaux s’est déroulée au cœur de la guerre, alors que les bombardements rythmaient le quotidien. Malgré l’incertitude, les architectes, ingénieurs, ouvriers et équipes universitaires ont poursuivi leur travail sans relâche. Ce chantier est ainsi devenu, selon lui, « un acte de défi » et une illustration de la capacité de l’Université à construire malgré les épreuves.
Soulignant que cette inauguration coïncidait avec l’anniversaire du Pr Philippe Salem, il a estimé que le plus beau cadeau était celui offert par ce dernier à l’Université : un jardin et un centre destinés à servir durablement les générations futures. « L’héritage n’est pas seulement ce que nous laissons derrière nous ; c’est ce qui continue d’inspirer longtemps après notre disparition », a-t-il déclaré.
Très ému, le Pr Philippe Salem a confié que les mots ne suffisaient pas à exprimer sa gratitude envers l’Université et toutes les personnes qui ont rendu ce projet possible. Il a adressé ses remerciements au Recteur et au Pr Salim Daccache, dont il a salué le rôle déterminant dans la concrétisation de cette initiative, ainsi qu’au Pr Sami Nader.
Évoquant l’olivier planté dans le jardin, il a partagé un souvenir personnel lié à son enfance et à son père, faisant de cet arbre un symbole de ses racines, de son parcours et de son attachement indéfectible au Liban.
Le Pr Salem a affirmé que son soutien à l’Université constitue avant tout un soutien au Liban, estimant que l’USJ représente l’une des plus belles expressions du pays. Il a rendu hommage à la résilience du peuple libanais, capable, malgré les guerres, les destructions et les crises successives, de continuer à défendre ses institutions, sa culture et son enseignement supérieur.
Se disant profondément fier de son identité libanaise, il a affirmé que, s’il n’était pas né Libanais, il aurait souhaité le devenir. Son intervention s’est achevée par un message d’amour, d’amitié et d’espérance, réaffirmant sa confiance dans la jeunesse libanaise et dans le rôle essentiel des universités dans la construction de l’avenir.
La cérémonie s’est conclue par le dévoilement de la statue du Pr Philippe Salem dans le jardin du Centre, avant un cocktail réunissant les invités autour de ce nouvel espace appelé à devenir un lieu de rencontre, de réflexion et de dialogue au cœur du CDSS de la rue Huvelin.
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