L’USJ décerne quatre Doctorats Honoris Causa au Collège de France

Quatre parcours d’exception entre savoir, engagement et transmission
Mercredi 28 octobre 2026

L’USJ décerne quatre Doctorats Honoris Causa au Collège de France

Quatre parcours d’exception entre savoir, engagement et transmission 

« Ce soir, c’est un peu du Liban qui est réuni au Collège de France. » Dès les premiers mots du Pr François Boëdec, s.j., Recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), le ton était donné. Solennelle, mais profondément humaine, la septième cérémonie de remise des Doctorats Honoris Causa de l’USJ a réuni, le 28 octobre 2026, au Collège de France, deux pays liés par une longue histoire et quatre personnalités unies à l’Université par des liens de savoir, d’engagement et d’amitié.

L’USJ a décerné le Doctorat Honoris Causa en sciences humaines à Mgr Pascal Gollnisch, ancien directeur général de L’Œuvre d’Orient, à S.E. M. Charles Personnaz, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès du Saint-Siège et Président du Fonds des écoles d’Orient, au Pr Henry Laurens, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire « Histoire contemporaine du monde arabe », et au Pr Joseph Maïla, professeur de géopolitique à l’ESSEC et ancien recteur de l’Institut catholique de Paris.

Au son du Gloria de Vivaldi, puis respectivement des hymnes de la France, du Liban et de l’USJ, la cérémonie a pris d’emblée toute sa dimension symbolique. Dans son mot d’accueil, le Pr Nadine Riachi Haddad, Secrétaire général de l’USJ, a rappelé les liens historiques, académiques, culturels et scientifiques qui unissent depuis sa fondation l’Université à la France.

Face à un Liban qui « continue de se battre, de tenir debout », le Pr Boëdec a replacé la distinction dans la mission même de l’Université : continuer d’espérer en la jeunesse, réfléchir librement, former, chercher et privilégier le dialogue. En accueillant les quatre récipiendaires au sein de la communauté académique, l’USJ a voulu honorer des personnalités dont les parcours incarnent « l’exigence intellectuelle, le dialogue, la fidélité à la dignité humaine et le souci du bien commun », mais aussi des amis qui, au fil des années, ont accompagné l’Université et cru en sa mission.

Quatre parcours, quatre liens avec l’USJ

Pour Mgr Pascal Gollnisch, cette distinction est venue consacrer une relation ancienne avec l’USJ et, plus largement, un engagement de longue date auprès des chrétiens et des institutions d’Orient. À la tête de L’Œuvre d’Orient de 2010 à 2025, il a considérablement renforcé l’action de l’institution, qui a soutenu près de 1 200 projets dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’action sociale, de l’urgence, de la culture et du patrimoine. Son mandat a traversé les guerres en Syrie et en Irak, les persécutions, les exodes, les crises économiques et l’explosion du port de Beyrouth, sans jamais dissocier la défense des chrétiens d’Orient de celle de la citoyenneté, du pluralisme et du bien commun. Au Liban, il a accompagné les communautés, les écoles et les institutions jusque dans les épreuves les plus difficiles. À l’heure de recevoir son Doctorat Honoris Causa, son regard s’est pourtant tourné vers l’avenir : vers une université appelée à former des femmes et des hommes libres, capables de servir la société, et vers un pays auquel il continue de croire. « Nous croyons en l’avenir du Liban », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Nous croyons à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth pour le Liban et pour l’ensemble du Proche-Orient. »

Chez S.E. M. Charles Personnaz, l’émotion a pris une tonalité presque familiale. Recevoir cette distinction au Collège de France, dans le quartier où il a grandi, lui a donné, a-t-il confié, le sentiment d’intégrer véritablement l’Université et son « esprit de famille ». Historien, haut fonctionnaire et diplomate, formé à Sciences Po, à la Sorbonne et à l’ENA, il a fait de la préservation du patrimoine et de sa transmission l’un des fils conducteurs de son parcours. Ancien directeur de l’Institut national du patrimoine et aujourd’hui ambassadeur de France près le Saint-Siège, il a joué un rôle moteur dans la création du Fonds des écoles d’Orient, qui soutient des établissements francophones du Moyen-Orient et œuvre ainsi à préserver des espaces d’éducation, de pluralité et de coexistence. Au Liban, il a accompagné plusieurs projets de l’USJ, de la restauration des manuscrits à la formation de restaurateurs et d’archivistes, en passant par la reconstruction de la Bibliothèque orientale après l’explosion du port de Beyrouth. Pour lui, l’USJ dépasse largement les frontières du pays : elle est « une ressource que le Liban offre, au-delà de lui-même, au-delà de ses frontières, au-delà aussi de ses difficultés ». Une université qu’il a finalement décrite en un mot : « un don » pour le Liban, pour le Moyen-Orient et pour la France.

Pour le Pr Henry Laurens, la cérémonie avait la force des retrouvailles. Évoquant d’emblée la « profondeur » de son émotion, l’historien a vu se rejoindre, au Collège de France, « ses deux mondes ». Considéré comme l’un des plus éminents historiens contemporains du monde arabe, il occupe depuis 2003 la chaire « Histoire contemporaine du monde arabe » au Collège de France. Son œuvre, consacrée notamment aux relations entre l’Orient arabe et l’Occident, s’attache à restituer aux événements leur complexité et leur profondeur historique. Parmi ses nombreuses publications, les cinq volumes de La Question de Palestine, récompensés en 2016 par le Grand prix Gobert de l’Académie française, occupent une place majeure. Lié à l’USJ depuis les années 1990, où il a enseigné et participé à de nombreux séminaires, il a également contribué à la convention qui unit depuis 2006 l’Université au Collège de France. Lors de la cérémonie, il a fait revivre avec tendresse les visages, les rencontres et les amitiés qui ont jalonné cette histoire commune. Son hommage s’est achevé sur quelques mots qui ont résumé, avec simplicité, plusieurs décennies de proximité : « Le Liban est ma seconde patrie et l’Université Saint-Joseph de Beyrouth est ma seconde université. »

Avec le Pr Joseph Maïla, c’est enfin l’un des siens que l’USJ a honoré. Universitaire franco-libanais, spécialiste de philosophie, de sciences politiques, de relations internationales, de géopolitique et de médiation, il a construit un parcours où la réflexion académique n’a jamais été dissociée de l’action. Ancien recteur de l’Institut catholique de Paris, il y a créé l’Institut de formation à la médiation et à la négociation (IFOMENE). Il a également exercé d’importantes responsabilités au ministère français des Affaires étrangères et pris part au dialogue interreligieux, notamment comme membre et porte-parole de la délégation catholique au premier Forum islamo-catholique organisé à Rome en 2008. Mais cette trajectoire s’enracine d’abord à l’USJ : étudiant, enseignant, Chef de département, Vice-doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines puis membre du Conseil stratégique de l’Université, il a reçu la distinction avec une profonde reconnaissance envers son alma mater. « Ce que j’ai pu donner est peu de choses au regard de ce que j’ai reçu », a-t-il confié avec émotion. Sa pensée s’est également tournée vers les anciens Recteurs qui ont marqué son parcours, ces « bâtisseurs », « guides d’espérance et d’intelligence » et « guetteurs d’une aube sans cesse espérée » qui ont porté l’Université au milieu des guerres et des épreuves.

Des liens qui résistent aux fractures

Au-delà des quatre parcours célébrés, c’est ainsi une histoire de fidélité qui s’est racontée au Collège de France : celle d’hommes qui ont accompagné l’USJ, d’une université qui continue de tenir debout malgré les crises, et d’une relation franco-libanaise qui demeure un espace de rencontre, de transmission et d’espérance.

La remise des distinctions en a prolongé la symbolique. S.E. M. Charles Personnaz, le Pr Henry Laurens et le Pr Joseph Maïla ont également reçu la médaille des 150 ans de l’USJ. Mgr Pascal Gollnisch, qui en avait déjà été décoré, s’est vu remettre un tableau du R. P. Joseph Delore représentant le Mont-Liban depuis la résidence des Jésuites à Ghazir. En signe de reconnaissance pour l’accueil réservé à l’Université, le Pr Boëdec a également remis la médaille de l’USJ à M. Thomas Römer, administrateur du Collège de France.

Dans ce lieu consacré au savoir, l’émotion de la soirée aura finalement donné tout son sens à la distinction académique. En accueillant ces quatre personnalités parmi les siens, le Pr Boëdec l’a rappelé, l’USJ ne salue pas seulement l’excellence de leurs parcours : elle célèbre aussi « le goût de la vérité, le service de la paix, l’attention aux héritages vivants et la volonté de bâtir des liens là où menacent les fractures ».

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