L’USJ accueille la 3e Conférence générale de la C2R Moyen-Orient

 

Intelligence artificielle, changement climatique, santé, paix et médiation : autant d’enjeux qui redessinent aujourd’hui les missions de l’université. Les 17 et 18 septembre 2026, l’Université Saint-Joseph de Beyrouth a accueilli la 3e Conférence générale de la C2R Moyen-Orient, organisée avec l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) Moyen-Orient. Deux journées pour partager les expériences et renforcer les coopérations universitaires dans une région en pleine transformation.

Instance régionale placée auprès de l’AUF Moyen-Orient, la C2R est dédiée à la réflexion sur les questions stratégiques dans le domaine de l’enseignement supérieur et constitue un espace de confrontation et de diffusion des idées et des solutions. Elle endosse aussi un rôle opérationnel avec une série d’activités pilotées par ses différentes commissions thématiques.

Une université appelée à comprendre, agir et relier

Placée sous le haut patronage de S.E. Mme Rima Karami, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Liban, la 3Conférence générale de la C2R Moyen-Orient a été lancée le 17 septembre au Campus de l’innovation et du sport de l’USJ. La séance inaugurale a réuni le Pr François Boëdec, s.j., Recteur de l’USJ et Président sortant de la C2R Moyen-Orient, M. Jean-Noël Baléo, Directeur régional de l’AUF Moyen-Orient, et le P. Joseph Moukarzel, Recteur de l’Université Saint-Esprit de Kaslik et Président élu de la C2R Moyen-Orient, en présence de recteurs, de présidents d’universités et de directeurs des institutions universitaires du Moyen-Orient, membres de l’AUF, répartis dans 13 pays de la région.

Souhaitant la bienvenue à une communauté représentant 53 établissements membres, le Pr Boëdec a replacé cette rencontre dans un Moyen-Orient traversé par de profondes mutations et de nombreuses incertitudes. Dans ce contexte, il a rappelé l’une des responsabilités essentielles de l’Université : former la jeunesse « en vue de son insertion dans le marché de l’emploi mais aussi pour lui apprendre à cultiver son humanité », soulignant que « le monde a plus que jamais besoin de citoyens engagés et responsables ». Une mission d’autant plus essentielle, selon lui, pour construire la paix et répondre aux défis climatiques et environnementaux qui touchent particulièrement la région. Il a enfin présenté la C2R comme « un cadre particulièrement pertinent » pour porter la voix des universités du Moyen-Orient, avant de féliciter le P. Joseph Moukarzel pour son élection à sa présidence.

M. Jean-Noël Baléo a, pour sa part, présenté la C2R comme « un espace de dialogue, de coopération mais aussi de confrontation des idées » réunissant à Beyrouth des représentants de onze pays. Face aux crises qui contraignent les responsables universitaires à gérer l’urgence et le court terme, il les a invités à retrouver le temps propre à leur mission : « créer du savoir, de l’expertise et former la prochaine génération ». « C’est une mission qui s’inscrit dans le temps long, sur l’horizon », a-t-il insisté. La Conférence devait précisément offrir cette respiration : un moment de recul, de parenthèse, de confrontation des idées et de partage des solutions. Il a également salué l’implication du Vice-rectorat aux relations internationales de l'USJ dans la préparation de la Conférence, adressant un remerciement particulier à Mme Carla Eddé, Vice-recteur aux relations internationales.

Prenant officiellement le relais à la présidence de la C2R Moyen-Orient, le P. Joseph Moukarzel a placé son intervention sous trois verbes : « comprendre, agir et relier », autour d’une interrogation centrale : « Quelle est aujourd’hui la responsabilité d’une université face aux transformations du monde ? » Face à l’IA, il a appelé à « faire en sorte que l’intelligence artificielle augmente nos capacités sans toutefois diminuer notre humanité ». Dans une région marquée par les fractures, il a défendu l’université comme un lieu où l’on peut penser avec l’autre sans devoir penser comme lui et débattre sans détruire, affirmant que « lorsque les ponts politiques se fragilisent, les ponts universitaires doivent rester ouverts ».

La séance d’ouverture s’est poursuivie par un moment de reconnaissance et d’hommage. Ainsi, le Recteur de l’USJ a remis la médaille de l’Université à S.E. Mme Rima Karami, représentée par le Pr Mazen El Khatib, Directeur de l’Enseignement supérieur, auquel a également été offert le Livre du patrimoine de l’USJ en signe de reconnaissance pour la collaboration qui unit l’Université à la Direction de l’Enseignement supérieur. La médaille des 150 ans de l’USJ a ensuite été remise à M. Jean-Noël Baléo et au P. Joseph Moukarzel. L’AUF a, à son tour, tenu à témoigner sa reconnaissance au Pr Salim Daccache, s.j. et au Pr François Boëdec, s.j. pour leur engagement et leur soutien constants à l’AUF, à la C2R Moyen-Orient et à la francophonie.

Intervenant en ligne, le Pr Slim Khalbous, Recteur de l’AUF, a présenté les grandes orientations de la stratégie 2026-2029 de l’Agence. Celle-ci s’inscrit dans la continuité des cinq axes précédents, tout en les faisant évoluer pour répondre aux transformations de l’enseignement supérieur : intégration de l’IA générative et transformation numérique de la recherche, renforcement de l’engagement citoyen des jeunes, développement de la diplomatie scientifique, innovation pédagogique et valorisation de la recherche, avec une volonté accrue de rapprocher les universités du monde socio-économique. Cette stratégie repose également sur un principe d’adaptation : porter une vision commune de la Francophonie scientifique à l’échelle mondiale, tout en tenant compte des réalités, des besoins et des niveaux de développement propres à chaque région.

Deux journées pour croiser les enjeux et les expériences

De la réflexion institutionnelle aux échanges entre experts, la première journée a décliné ces grandes questions à travers deux panels. Le premier, « Intelligence artificielle : comment préparer mon université ? », modéré par M. Jean-Noël Baléo, a interrogé les transformations que l’IA impose déjà à l’enseignement supérieur. Parmi les panélistes figurait Mme Nada Moghaizel-Nasr, Doyenne honoraire, déléguée du Recteur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et Présidente de la Commission nationale libanaise pour l’UNESCO. Le second, « Changement climatique, santé, société : vers une approche durable et unifiée de la recherche », modéré par le Pr Richard Maroun, Vice-recteur aux affaires académiques de l’USJ et Responsable de la commission « Recherche » de la C2R Moyen-Orient, a mis en dialogue enjeux scientifiques, environnementaux, sanitaires et sociétaux. Entre les deux, les participants ont été invités à découvrir le Centre de simulation Ralph Audi de la Faculté de médecine de l’USJ.

La deuxième journée s’est ouverte sur le bilan des quatre commissions thématiques de la C2R Moyen-Orient, consacrées à la recherche, à l’internationalisation, à l’assurance-qualité et aux accréditations ainsi qu’à la médiation et la gestion des conflits, sous la modération du Pr François Boëdec s.j. Un troisième panel « Paix et médiation au Moyen-Orient, quel rôle pour les universités ? » modéré par Mme Johanna Hawari-Bourjeily, Directrice du Centre professionnel de médiation de l’USJ, a prolongé les échanges autour de la responsabilité des établissements universitaires dans la construction du dialogue et de la paix.

Ces deux journées se sont achevées par une Conférence générale à huis clos, consacrée notamment aux adhésions, au renouvellement des commissions thématiques, à la nomination des Vice-présidents et à la préparation de la prochaine Conférence générale, avant une conclusion portée par le P. Joseph Moukarzel.

Faire réseau pour faire mouvement

Pendant deux jours, Beyrouth est devenue ainsi un espace où les universités de la région ne viennent pas seulement partager leurs défis mais surtout mettre en commun leurs idées, leurs expériences et leurs capacités d’action. Face à des transformations qui dépassent les frontières et les disciplines, aucune université ne peut avancer seule. De l’intelligence artificielle à la paix, de la recherche au climat, la C2R Moyen-Orient entend précisément faire vivre ces ponts : ceux qui relient les établissements, font circuler les savoirs et permettent aux universités de continuer, ensemble, à éclairer et accompagner les sociétés qu’elles servent.

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