Les Clubs étudiants, un tremplin vers l’intégration universitaire
Tia Maria Akoury. Photo Maria Freifer
Au sein des clubs culturels, professionnels et citoyens, les étudiants de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) découvrent un espace pour s’épanouir, nouer des liens et développer des compétences transversales utiles tout au long de leur parcours.
L'OLJ / Par Chantal EDDÉ, le 5 novembre 2026
Lorsqu’un étudiant entame sa première année à l’université, trouver ses repères dans un nouvel environnement peut s’avérer compliqué, constituant un obstacle à son épanouissement. « Nous considérons que l’intégration universitaire ne se limite pas à la réussite académique. Elle passe également par la capacité de l’étudiant à se sentir accueilli, à créer des relations et à développer un véritable sentiment d’appartenance à la communauté USJ », estime Gloria Abdo. La directrice du service de la vie étudiante (SVE) de l’USJ rappelle qu’un club est surtout un « lieu d’apprentissage, d’initiative, de rencontre et de responsabilisation », mais aussi un espace « de vie collective » et « de partage ». Zoya Barakat, chargée des Clubs à l’USJ, affirme d’ailleurs que « l’une des grandes richesses de l’engagement associatif est qu’il permet aux étudiants de développer des compétences qui ne s’acquièrent pas nécessairement dans une salle de cours ». Dès leur première année, les étudiants ont l’occasion de découvrir les différents Clubs de leur établissement, à travers les campagnes de recrutement et les événements annuels organisés par le SVE, dont le festival de la Rentrée constitue l’un des rendez-vous incontournables.

Lorsqu’elle avait créé le Club Hiking, Tonia Barakat, étudiante en 4e année de génie mécanique, ne s’attendait pas à recevoir au stand du Club, lors de cet événement, une centaine d’étudiants intéressés. « Je suis passée de quelqu’un qui ne participait pas à la vie universitaire à quelqu’un qui crée des occasions de rassembler les autres. » Cette étudiante de 21 ans affirme qu’à travers le Club Hiking, dont elle est l’actuelle présidente, elle a voulu « vivre l’Université autrement, rencontrer de nouvelles personnes et contribuer à créer une communauté autour d’une passion commune ». En rejoignant lors de sa première année le Club AGORA, qui promeut la liberté d’expression et l’esprit critique au sein de la communauté étudiante, Anar Nicolas, en 3e année de droit, a compris « qu’en faisant partie du dialogue », il a pu « franchir le pas vers la vie universitaire ». Quant à Tia Maria Akoury, présidente actuelle du LeMSIC, la section libanaise du Comité international des étudiants en médecine, elle avoue avoir reçu un soutien immense lorsqu’elle a adhéré à ce Club, durant sa première année, alors qu’elle se sentait parfois « isolée face aux exigences académiques ». L’étudiante de 21 ans en 5e année de médecine se rappelle encore sa première assemblée générale nationale, qui réunit tous les membres du LeMSIC. Comme elle connaissait à l’époque peu de personnes, les activités interactives de cette journée l’ont poussée à sortir de sa coquille. « J’ai pu dépasser ma timidité, aller vers les autres et échanger des idées avec des étudiants en médecine venus de différentes universités. » Ce fut « un véritable tournant », dit-elle.

Mieux s’intégrer en développant ses compétences
Vice-président du Club IEEE Computer Society, Edmond Chakar, 5e année de génie informatique et communications à l’ESIB, avoue qu’avant de rejoindre le Club, ses interactions se limitaient à ses camarades de promotion. Cette année, au festival de la Rentrée, alors qu’il présentait les projets de la branche étudiante de l’IEEE à l’USJ, l’étudiant de 22 ans a constaté une évolution dans sa personnalité, en se rappelant la personne réservée qu’il était en première année. « Je suis capable d’engager naturellement la conversation avec de nouvelles personnes, de présenter nos initiatives avec assurance et surtout d’encourager d’autres étudiants à s’impliquer », affirme Edmond Chakar. Grâce à cette journée, il a réalisé que l’un des aspects les plus valorisants de son engagement, bien plus que son développement personnel, c’est « d’accompagner d’autres étudiants dans leur parcours universitaire ». Accompagnés par le SVE, les Clubs permettent aux étudiants d’enrichir leurs compétences transversales, tellement utiles pour réussir leur intégration à l’université. Farah Sleiman, 4e année d’ergothérapie, souligne que présider le Club Inclusion, qui promeut l’inclusion par des activités éducatives, sociales et culturelles, lui a permis de développer son leadership. « Guider une équipe, aider les membres, proposer de nouvelles idées, m’informer et savoir communiquer avec les autres m’ont aussi appris à m’exprimer avec plus d’aisance », assure l’étudiante de 21 ans.

Edmond Chakar affirme que, grâce à son expérience en tant que vice-président, il a pu progressivement développer non seulement sa confiance en lui-même et son sens des responsabilités, mais aussi des compétences essentielles, comme la communication, la prise de parole en public, la coordination d’activités, la gestion d’équipe et des imprévus, ainsi que la collaboration avec des personnes de profils différents. Pareil pour Tonia Baraka, qui estime que ces mêmes compétences complètent sa formation en génie mécanique et lui seront utiles dans sa future vie professionnelle. Pour sa part, Anar Nicolas confie que sa première prise de parole devant un public en tant que vice-président du Club, lors d’une table ronde, restera gravée dans sa mémoire. « Je me voyais toujours comme une personne confiante et capable d’être un leader. Ce moment est venu couronner cette vision de moi-même », assure-t-il, du haut de ses 19 ans. Constituant une plateforme d’échange entre des étudiants de diverses filières d’études et d’appartenances politiques, le Club AGORA lui « a permis d’apprendre à développer (sa) réflexion, (son) esprit critique et (sa) culture », mais aussi à « bien systématiser ses idées, les questionner et surtout savoir les adapter à un public ».

Laisser une empreinte positive dans sa communauté
Adhérer à un club favorise les aptitudes relationnelles des étudiants, comme le fait remarquer Tonia Barakat. « Pendant mes deux premières années en classe préparatoire, sur le Campus du Liban Nord, je n’étais pas du tout engagée dans la vie universitaire. En rejoignant le Campus des sciences et technologies, je voulais justement changer cela. Créer le Club Hiking m’a poussée à aller vers les autres, à communiquer avec des étudiants que je ne connaissais pas et à prendre des initiatives. » L’expérience de Farah Sleiman au sein du Club Inclusion a élargi son réseau. « Le Club m’a permis de créer de nouvelles relations, de rencontrer des personnes inspirantes et de me sentir davantage épanouie dans mon parcours universitaire, en me donnant le sentiment de faire partie d’une communauté où chacun a sa place. » En repensant à sa première année, Edmond Chakar se souvient d’avoir été un étudiant qui hésitait « à participer à des activités ou à s’exprimer, par peur de commettre des erreurs ». Aujourd’hui, dit-il, « je suis beaucoup plus ouvert, confiant et à l’aise dans mes interactions avec les autres. J’ai appris à prendre la parole, à défendre mes idées, à travailler avec des personnes aux parcours variés et à assumer des responsabilités. »Être un membre actif d’un club permet ainsi aux étudiants, selon Zoya Barakat, « de sortir de leur zone de confort » et « de découvrir des capacités qu’ils ne soupçonnaient pas nécessairement ». Pour ceux qui rencontrent des difficultés à s’intégrer, « le fait d’appartenir à un groupe, de participer à un projet collectif et de se sentir utile peut contribuer positivement à leur bien-être ». De la sorte, en voyant que les étudiants répondaient à ses efforts « par des sourires, de l’appréciation et l’envie de faire de même », Tia Maria Akoury avoue éprouver « un sentiment d’accomplissement » qui l’accompagne dans ses études et la motive à donner le meilleur d’elle-même, afin de devenir un médecin aussi compétent que possible.