Entrer à l’USJ, habiter une mission
Entrer à l’USJ, habiter une mission
Accueillir de nouveaux membres à l’USJ, c’est bien plus que leur présenter une institution : c’est leur ouvrir les portes d’une histoire, d’une communauté et d’un esprit qui se transmet autant qu’il se vit. Réunis à l’Auditorium François S. Bassil au Campus de l’innovation et du sport, nouveaux responsables, enseignants et membres du personnel des services généraux ont ainsi pris part à une journée d’accueil et d’intégration placée sous le signe de la rencontre, de la transmission et du service. En leur souhaitant la bienvenue, le Pr Nadine Riachi Haddad, Secrétaire général de l’USJ, a donné le ton d’une matinée appelée à faire découvrir l’Université de l’intérieur : ses repères, certes, mais aussi ce qui l’anime et rassemble sa communauté.
Le Pr François Boëdec, s.j., a d’emblée choisi les mots de la confiance et de l’appartenance. Certains connaissaient déjà l’USJ, d’autres venaient à peine d’en franchir les portes, mais tous étaient désormais appelés à prendre part à une même aventure, « pour le service de la jeunesse de ce pays ». « L’USJ compte sur vous et vous fait confiance », leur a-t-il assuré. Rejoindre l’Université, c’est entrer dans 150 ans d’une histoire portée par des femmes et des hommes qui ont cherché, à travers les joies comme les épreuves, à servir une mission de formation « au plus haut niveau d’excellence et d’humanité ».
Mais cette confiance engage. Intégrité, droiture, respect, équité, écoute, bienveillance et courage ne sont pas de simples principes : en effet, ils doivent habiter les décisions et les relations. À ceux qui assument aujourd’hui de nouvelles responsabilités, le Recteur a ainsi rappelé une exigence fondamentale : « Ne jamais oublier que tout pouvoir est d’abord un service. » Et derrière ces valeurs se tient une identité que l’USJ n’entend ni dissimuler ni tenir à distance : son identité chrétienne et jésuite, enracinée dans l’Évangile et portée par l’humilité, l’écoute, la disponibilité et l’esprit de service. Une identité qui appelle aussi à accueillir les différences et à faire de l’Université « un laboratoire de la convivialité et de la citoyenneté ».
Car certaines choses ne s’expliquent pas entièrement : elles se découvrent, se vivent et se ressentent. « Plus que de grandes paroles, je crois qu’un esprit se respire au fur et à mesure que l’on découvre un lieu, une institution », a conclu le Pr Boëdec, souhaitant aux nouveaux membres de belles découvertes et les assurant qu’ils trouveraient autour d’eux des personnes prêtes à les aider à trouver leur place.
Le Pr Nadine Riachi Haddad leur a précisément donné les premières clés de cette maison qu’ils rejoignent. Gouvernance, équipe rectorale, services, dispositifs d’accompagnement, vie universitaire, accréditations et ressources : derrière la richesse de cette architecture institutionnelle, sa présentation a surtout fait apparaître une Université mobilisée autour d’une même mission : créer de nouveaux savoirs, les transmettre et les mettre au service de la société, notamment des plus fragiles ; trois dimensions qui relient la recherche et l’enseignement à une responsabilité plus vaste envers l’autre et envers le monde.
Puis, avec le R.P. Denis Meyer, s.j., Aumônier général, et M. Rock El Achy, Directeur de l’Institut libanais d’éducateurs (ILE), les valeurs ont quitté le registre des mots pour entrer dans celui de la vie. Discerner, accompagner, faire grandir : trois verbes pour apprendre à choisir, à agir et à entrer en relation. Les valeurs, a expliqué M. El Achy, devraient devenir « un souffle qui circule librement parmi nous », au point qu’une personne qui ne les connaîtrait pas puisse les deviner simplement en observant notre manière d’être avec les autres.
C’est alors qu’a résonné l’une des invitations les plus fortes de la matinée : « On n’occupe pas une responsabilité, on habite une responsabilité. » Parce qu’un poste s’occupe et qu’une fonction se traverse, tandis qu’une responsabilité appelle à « y prendre place, en prendre soin et y laisser une trace ». Nul n’en est propriétaire : chacun n’en est, pour un temps, que le dépositaire. « Elle nous est confiée, pour un temps, afin que nous l’habitions, la servions et la transmettions. » Une manière profondément ignatienne de penser la mission : non comme un chemin déjà tracé, mais comme une manière d’être en chemin.
Cette invitation à cheminer a trouvé un écho particulier dans les paroles du R.P. Denis Meyer. Remontant à saint Ignace de Loyola et à l’expérience dont est née la spiritualité ignatienne, il a rappelé qu’« il ne s’agit pas […] d’avoir des mots, il s’agit aussi d’habiter les mots et puis de les incarner quelque part ». À travers les ruptures, les désirs, la prière, la consolation et le discernement qui ont façonné le chemin d’Ignace, il a invité chacun à apprendre à reconnaître ce qui donne véritablement sens, liberté et vie.
« S’arrêter, regarder, relire, choisir et décider » : le discernement devient ainsi une « boussole intérieure », dans une spiritualité profondément incarnée – « Il n’y a pas de spiritualité en l’air. C’est une spiritualité sur terre » –, attentive à la réalité, aux mouvements du cœur, à la liberté et à l’engagement responsable. Et cette spiritualité conduit inévitablement au service : « Le poste n’est pas une fin en soi, mais c’est une responsabilité au service d’une mission. »
M. Rock El Achy a alors repris le fil de la mission de l’USJ à travers trois verbes – créer, transmettre, servir – dans un mouvement où « le savoir grandit lorsqu’on le cherche, la personne grandit lorsqu’on le transmet, la société grandit lorsqu’on le met à son service ». Et parce que l’Université elle-même demeure en devenir, sa vision est « un horizon que l’on choisit de rendre possible ». Chacun peut donc contribuer, par les choix qu’il pose aujourd’hui, à l’USJ de demain.
À travers des exercices qui ont fait participer et sourire la salle, les valeurs se sont alors faites expérience. Collaboration, ouverture, respect, solidarité, liberté, accompagnement et inclusion ont convergé vers une même image : dans une communauté, il ne suffit pas de trouver une place, il faut pouvoir trouver sa place, tout en permettant à l’autre de trouver la sienne. Et si l’USJ était elle-même une personne ? Elle chercherait, selon M. El Achy, « toujours à grandir, mais jamais seule, ni pour elle-même » : elle apprendrait des autres, s’ouvrirait à leurs langues et à leurs cultures et prendrait part à ce qui se construit ensemble.
La matinée s’est finalement clôturée sur une question laissée à chacun : comment vais-je, à partir d’aujourd’hui, habiter ma responsabilité ? Comment mieux discerner, mieux accompagner, mieux faire grandir ?
De l’esprit aux pratiques : des repères pour trouver sa place
Après ce temps commun, la journée s’est poursuivie en trois ateliers parallèles, conçus pour accompagner chaque groupe au plus près de ses nouvelles missions. Car trouver sa place dans une institution, c’est aussi en comprendre les pratiques, les outils et les exigences du quotidien.
Les Doyens et directeurs, accompagnés par le Vice-rectorat à l’administration et les divers services du Rectorat, ont ainsi été invités à se familiariser avec les principaux rouages administratifs qui soutiennent l’exercice de leurs responsabilités : ressources humaines, finances, achats, comptabilité, maintenance et systèmes d’information. Pour les enseignants, l’entrée dans la communauté universitaire s’est prolongée au cœur même de leur mission pédagogique. Encadré par la Mission de pédagogie universitaire (MPU) et le Centre d’innovation numérique et d’intelligence artificielle (CINIA), avec Mme Rima Mawad et M. Mario Gharib, leur atelier a porté sur le plan de cours, les approches pédagogiques et l’environnement numérique d’enseignement, afin de leur donner des repères concrets pour accompagner les étudiants dans leurs apprentissages. Enfin, les membres du personnel des services généraux (PSG) ont approfondi, avec le Service des ressources humaines (SRH) et plusieurs services du Rectorat, leur connaissance de l’organisation de l’Université, de ses procédures et règlementations ainsi que de ses systèmes d’information et outils informatiques.
Trois ateliers, trois réalités professionnelles, mais un même mouvement : permettre à chacun de mieux comprendre son environnement pour pouvoir pleinement y prendre part. Après avoir découvert les structures de l’Université, interrogé ses valeurs et réfléchi au sens de la responsabilité, chacun était ainsi appelé à traduire cet esprit dans les gestes concrets de sa mission.
Au terme de cette journée, l’accueil prenait alors tout son sens. Il ne s’agissait pas seulement de souhaiter la bienvenue à celles et ceux qui rejoignent l’USJ ou y assument de nouvelles fonctions, mais de leur transmettre quelque chose de cette maison vieille de 150 ans : une histoire à poursuivre, des valeurs à incarner, une communauté à faire grandir et une mission à servir. Car entrer à l’USJ, c’est certes y trouver sa place, mais aussi accepter d’y laisser une trace. Une responsabilité n’y est jamais simplement occupée : elle est confiée, pour être habitée, servie et, un jour, transmise.
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