Maribelle Kfoury
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« Intelligence artificielle : un adolescent poussé au suicide », « Gemini aurait poussé un Américain vers la mort », « un Belge se suicide après avoir trouvé refuge auprès d’un robot conversationnel », tous ces titres issus de divers médias numériques, soulèvent des interrogations sur le rôle potentiel de l’intelligence artificielle (IA) dans certaines situations de détresse psychologique. Dans le domaine médical, notamment en psychiatrie, on commence à utiliser le terme « AI psychosis » pour désigner ce phénomène. Cette dénomination associe certains tableaux cliniques de type psychotique comme l’émergence d’idées délirantes ou la dissociation de la réalité, à l’usage intensif de systèmes d’intelligence artificielle. Bien que cette relation directe entre psychose et utilisation de l’IA ne soit pas encore officiellement reconnue ni intégré dans les classifications internationales et médicalement reconnues tel que le DSM-V, elle suscite un intérêt et fait naître un débat au sein de la communauté scientifique.
Ces cas semblent différents, mais en réalité, ils ont beaucoup plus en commun qu’on le pense ! Malgré les différences de contexte, d’âge, de crainte exprimée ou d’état de vulnérabilité, le même schéma se répète. Il s’agit souvent de personnes vulnérables, anxieuses, dépressives, ou exprimant tout autre type de détresse psychologique, qui, pour trouver un soutien émotionnel, se tournent vers des agents conversationnels. Or, ces systèmes font généralement preuve d’« empathie » : ils valident les émotions des utilisateurs et évitent la confrontation directe. Ces attitudes, bien qu’utile dans certains contextes, peuvent devenir problématiques spécialement lorsque l’intelligence artificielle valide ou renforce des idées irrationnelles, des peurs excessives ou des pensées délirantes au lieu de les nuancer ou de rediriger l’utilisateur vers une aide adaptée.
De même, face à l’augmentation des inquiétudes exprimées par le public, l’entreprise OpenAI indique sur son site officiel que les systèmes de sécurité de l’IA fonctionnent généralement bien dans des conversations courtes et simples. Cependant, il a été observé qu’au cours d’échanges très longs, ces mécanismes peuvent devenir moins fiables et s’affaiblir, ce qui peut entraîner la génération de réponses moins conformes aux consignes de protection. Par exemple, au début de la conversation, l’IA peut correctement orienter une personne vers une ligne d’aide en cas de détresse, mais après de nombreux échanges prolongés, elle pourrait ne plus maintenir ce comportement de manière constante.
Le cas de l’homme belge illustre particulièrement ce phénomène. Il était marié, avait des enfants, détenait un travail professionnel et exprimait initialement une inquiétude liée au réchauffement climatique. Jusqu’alors, cet homme parait stable et ne soulève pas de soupçons majeurs. Mais, en quête de réponses et de réassurance, il s’est tourné vers un chatbot, avec lequel il a engagé des échanges prolongés. Au fil du temps, ces interactions se sont intensifiées, au point d’atteindre une forme de dépendance. L’individu s’est progressivement isolé et a réduit ses interactions sociales au profit de conversations avec l’intelligence artificielle. Après plusieurs semaines, son état mental s’est détérioré et il est passé à l’acte suicidaire. L’analyse de ses échanges avec le chatbot a révélé que l’IA renforçait ses craintes et ses idées au lieu de les remettre en question ou de les atténuer. Des récits similaires ont été observés concernant d’autres individus, notamment des adolescents et des jeunes adultes.
Ces situations mettent en lumière une réalité préoccupante. Des personnes en souffrance psychologique ne trouvant pas toujours le soutien qui leur est nécessaire auprès des humains et de leur société se tournent vers une autre alternative, l’intelligence artificielle. Il est donc indispensable d’écouter et d’orienter une personne exprimant une détresse psychologique vers des professionnels de santé. Il ne faut jamais minimiser la souffrance d’une personne, mais l’encourager à consulter un spécialiste capable de lui apporter une aide adaptée et sécurisée.
En contrepartie, cette vision plutôt péjorative peut être nuancée par la reconnaissance du rôle innovant de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé mentale. Effectivement, certaines recherches explorent son potentiel à détecter précocement les personnes à risque suicidaire, notamment à travers l’analyse du langage, des comportements en ligne ou des interactions numériques. Dès lors, utilisée de manière encadrée et éthique, l’IA pourrait constituer un outil de dépistage complémentaire pour les professionnels de santé, à condition qu’elle ne remplace pas l’accompagnement humain.
L’IA vs la santé mentale : l’IA peut-elle comprendre la souffrance humaine ?
Au Liban, la réussite ne repose pas uniquement sur les diplômes et les compétences.
Oui, la méritocratie existe encore dans certains milieux, mais elle se heurte souvent à un système où les relations personnelles et la fameuse " واسطة", c’est-à-dire le népotisme, pèsent lourd.
Entre efforts individuels et interventions “stratégiques”, le pays navigue entre mérite réel et favoritisme.
Le mérite, encore vivant mais freiné !
D’une part, il serait exagéré de dire que tout fonctionne par le biais des pistons. De nombreux Libanais réussissent par la force de leur travail, leur persévérance et leur talent puisque dans certaines start-ups (nouvelles entreprises) et universités, le mérite reste un critère primordial.
D’autre part, des témoignages comme : “On regarde ce que tu fais, pas qui tu connais”, restent minoritaires. Dans les administrations publiques et les institutions liées aux partis politiques, beaucoup savent qu’un “coup de fil” peut faire avancer une carrière plus vite qu’un diplôme.
Ce qu'on nomme " واسطة" n’est pas toujours synonyme de corruption. Souvent, elle est perçue comme un moyen de contourner une bureaucratie lente ou un système bloqué. Mais quand elle devient un passage obligatoire pour obtenir un poste ou une promotion, elle détruit peu à peu la confiance en la valeur du travail des jeunes.
On entend souvent : “J’ai postulé trois fois au même poste, mais sans appui, mon dossier n’a jamais dépassé le bureau de la réception”. Le mérite n’a donc pas disparu, il est simplement relégué au second plan derrière les connexions et les appartenances.
Une jeunesse entre “résistance et découragement”
La génération actuelle ne baisse pas les bras. Plusieurs continuent à croire que le travail finit toujours par payer, même si le chemin est long.
D’autres, cherchent ailleurs ce qu’ils ne trouvent plus ici, c’est-à-dire ils cherchent "la vraie égalité des chances".
Mais malgré tout, des signes d’espoir existent encore. Dans certaines entreprises et ONG, la compétence et la transparence commencent à prendre le contrôle : des recruteurs veulent de vrais talents, pas seulement des "noms”. C’est vrai qu’il ne s’agit que de petites victoires, mais cela prouve aussi qu’un autre modèle est possible.
Restaurer la méritocratie ne signifie pas ignorer la réalité sociale du pays, mais reconnaître que sans la valeur du travail, aucun système ne peut durer.
La méritocratie au Liban n’a pas disparu, elle résiste en silence. Mais pour qu’elle redevienne une norme et non une exception il faut que la " واسطة" cesse d’être une fatalité et que "le mérite retrouve enfin la place qu’il mérite !"