Clara Aoun
Related Articles
Il y a des matins où le ciel du Liban semble ne plus promettre que le fracas et la poussière et où chaque horizon porte l’empreinte sourde de l’incertitude. Dans ce paysage ébranlé par les bombardements, où l’insécurité s’invite comme une présence familière et où l’angoisse rythme notre quotidien, les étudiants de l’USJ poursuivent pourtant leur marche.
Tiraillés entre la fragilité du présent et la persistance d’un rêve, ils apprennent à tenir debout dans un monde qui vacille. Et si la réalité prend parfois les traits d’un paysage presque apocalyptique, leur détermination, elle, ne s’éteint pas : elle tremble, se réinvente, mais refuse obstinément de céder.
Au cœur de cette persévérance, la Faculté de médecine de l’USJ incarne avec une intensité particulière cette lutte silencieuse : celle d’étudiants appelés à soigner, tout en apprenant eux-mêmes à tenir debout. Fidèle à sa mission et à ses valeurs, elle s’inscrit dans la continuité portée par l’USJ, accompagnant ses étudiants avec exigence et humanité.
Face à l’ampleur de la crise, la Faculté de médecine n’est pas restée les bras croisés : elle a choisi d’agir, rapidement et concrètement. Dès les premières heures, la Direction des affaires étudiantes s’est mobilisée pour aller à la rencontre des étudiants, identifier les situations les plus vulnérables et proposer un accompagnement personnalisé, tant sur le plan académique que personnel. Des aménagements ont été mis en place avec souplesse, dans une volonté claire de préserver à la fois la continuité académique et l’équilibre humain.
En parallèle, un dispositif de soutien psychologique structuré a été déployé, mobilisant les ressources de la Faculté et de l’Hôtel-Dieu de France, afin d’assurer une écoute continue, un suivi adapté et une prise en charge accessible en cas d’urgence. Consciente du poids de la situation sur ses étudiants, la Faculté a également instauré des espaces réguliers d’échange, mêlant accompagnement académique, écoute active et moments de recentrage, essentiels dans un quotidien marqué par l’instabilité.
Cet engagement dépasse toutefois le cadre strictement universitaire. À travers l’Opération 7e Jour, née dans le contexte de la guerre de juillet 2006, l’USJ ravive une tradition profondément ancrée dans la solidarité et l’action. Fidèle à cet héritage, le Comité de pilotage, accompagné des cellules étudiantes, s’est mobilisé sur le terrain pour répondre aux besoins les plus urgents. Des distributions de caisses alimentaires ont été organisées au profit de familles durement touchées par la crise économique, tandis que des initiatives locales, portées notamment par des étudiants engagés, ont permis la distribution de kits essentiels dans plusieurs régions.
Par ailleurs, certaines actions ont pris une dimension plus sociale et humaine encore, comme les visites dans des centres d’accompagnement, où étudiants et encadrants ont partagé des moments d’écoute, de sensibilisation et de soutien auprès de jeunes en situation de vulnérabilité. Ces rencontres, au-delà de l’aide matérielle, traduisent une volonté de présence, d’attention et d’engagement envers une société fragilisée.
Ainsi, dans un pays éprouvé, l’USJ, à travers sa Faculté de médecine et ses initiatives solidaires, ne se contente pas d’assurer la continuité académique : elle incarne une communauté debout, unie par des valeurs qui prennent tout leur sens lorsque tout vacille.
Dans un pays aux équilibres brisés, la Faculté de médecine de l’USJ choisit la constance là où tout fléchit. Là où la guerre morcelle, elle tisse ; là où l’incertitude entrave, elle trace des chemins. Former des médecins, aujourd’hui plus que jamais, c’est s’armer de résilience et lutter silencieusement contre l’effondrement.
Enfin, au cœur du tumulte, une certitude subsiste, indomptable : ici, envers et contre tout, l’avenir s’obstine à naître.
Ici, l’USJ : soigner l’avenir, même lorsque le présent vacille
Dans le fracas des voix et le murmure des ruelles, au cœur des cafés et des salons, la politique au Liban s’inscrit comme une évidence vivante, un art de juger et de peser que chacun maîtrise dès le plus jeune âge. Ici, nul ne demeure simple spectateur : l’Histoire et la diversité du pays sculptent des esprits vigilants, lucides et ardents. Chaque conversation se transforme en terrain de réflexion, chaque décision en acte de jugement, et chaque voix contribue pleinement au grand débat national.
Petit par sa superficie, le Liban n’en est pas moins un territoire dense de mémoire et de contrastes. Sa position méditerranéenne, carrefour de routes terrestres et maritimes majeures, en fait un trait d’union entre les mondes et civilisations divergents. Pays-refuge et terre d’émigration, mosaïque de langues, de rites et de cultures, il concentre à la fois tensions et richesses, imposant à chacun de ses habitants la maîtrise du débat démocratique et la conscience du rôle qu’il peut jouer dans le destin du pays.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Model Youth Parliament (MYP), une initiative conjointe de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et de l’ONG Friedrich Naumann Foundation for Freedom (FNF). Cette collaboration propose aux étudiants une immersion concrète au cœur du fonctionnement parlementaire libanais.
La 11ᵉ édition, organisée les 14, 21, 22 et 23 février, a transformé l’espace académique en véritable laboratoire démocratique. Grâce à l’expertise institutionnelle du Service de la vie étudiante de l’USJ et à l’ancrage international de la FNF, les participants ont été accompagnés dans une immersion rigoureuse au cœur du fonctionnement parlementaire libanais. Procédures législatives, dispositions constitutionnelles, mécanismes de négociation et d’interaction politique : chaque étape a été pensée pour allier exigence intellectuelle et expérience concrète.
Endossant le rôle de députés, les étudiants ont prononcé des discours, défendu des positions et confronté des arguments. Ainsi, loin d’être une simple simulation, le MYP s’est imposé comme un espace de formation civique structuré, encadré et profondément formateur. En consacrant quatre jours à une jeunesse engagée et lucide, le Model Youth Parliament a rappelé que la démocratie s’apprend, s’exerce et se transmet. À travers cette initiative, l’Université Saint Joseph de Beyrouth, en partenariat avec la Friedrich Naumann Foundation for Freedom, affirme avec force sa mission : former des esprits libres, capables de penser le Liban dans toute sa complexité.
À l’USJ, le savoir ne se confine jamais entre quatre murs : il franchit les seuils, traverse les esprits et éclaire les chemins. Université profondément enracinée au Liban et ouverte sur le monde, elle défie toutes les frontières. La formation citoyenne y devient un art : apprendre à débattre, écouter, négocier et défendre ses convictions, tout en respectant celles des autres, forge des esprits responsables et engagés. Chaque initiative, chaque simulation, chaque échange est une occasion de transformer la réflexion en action, de faire de la citoyenneté non pas un concept abstrait, mais un moteur concret du changement.
À l’USJ, le savoir prend son envol, la conscience s’éveille et la jeunesse s’élance. l’USJ, n’est pas un simple lieu d’apprentissage : c’est un véritable tremplin pour l’avenir, un espace où les idées se libèrent, où la responsabilité s’incarne et où se construisent les bâtisseurs d’un Liban actif, conscient et engagé.
L’USJ : là où la jeunesse s’approprie le Parlement et sculpte le Liban de demain
Il est devenu presque impossible de manquer d’inspiration lorsqu’on écrit sur le Liban : chaque jour apporte son lot de drames, et le délai entre deux tragédies se limite à peine quelques heures. Même pas le temps de pleurer un nom que déjà un autre s’ajoute à la liste. Ce cycle infernal de violence et d’indifférence semble sans fin.
Elio Abou Hanna est la victime la plus récente d’une génération sacrifiée, trahie par un État incapable d’assurer à sa jeunesse le droit le plus élémentaire : celui de vivre en sécurité. Son sang, comme celui de tant d’autres avant lui, n’est plus qu’un sujet d’indignation éphémère, matière première pour les débats télévisés et les promesses creuses.
Mais derrière cette tragédie, une réalité demeure : celle d’un peuple condamné à survivre dans le malheur, prisonnier d’un pays qui s’effondre sur lui-même. Alors que le sang continue de couler dans l’indifférence, une question déchire le silence : que vaut un État qui laisse ses enfants mourir au nom des désordres non maitrisés ?
Elio Abou Hanna n’était pas qu’un nom de plus dans les titres du matin. Jeune homme de 24 ans, animé par la volonté de bâtir son avenir à la force de son éducation — ce chemin que tant de jeunes libanais empruntent, convaincus que le savoir reste leur arme unique dans un pays qui leur offre si peu.
La jeunesse libanaise s’est toujours distinguée par son excellence et son ambition sans frontières. Elle a brillé dans les écoles, les universités et les entreprises du monde entier, portant fièrement le nom d’un pays qu’elle n’a jamais cessé d’aimer malgré les difficultés. Néanmoins, la mémoire de cette jeunesse n’est qu’un registre de souffrances et de tragédies.
Chaque mère libanaise ressent, avec une inquiétude presque instinctive, la peur contenue dans ces mots légers prononcés par son fils ou sa fille pour annoncer qu’il ou elle sort pour la soirée. Des mots qui pèsent un poids immense, car au Liban, la nuit peut basculer en drame en quelques secondes. Elles restent éveillées, le cœur serré, l’esprit assailli par mille pensées sombres, priant simplement pour entendre, avant l’aube, le bruit familier d’une clé tournant dans la serrure.
Mais depuis la nuit du 25 octobre, la mère d’Elio, elle, n’a plus entendu ce son. Elle veille certainement encore, prisonnière d’une attente sans fin.
Aux premières heures du dimanche, vers une heure du matin, le drame s’est joué dans le camp palestinien de Chatila, au sud de Beyrouth. Elio, rentrant d’une soirée à Badaro se dirigeait vers sa maison du Metn-Nord et il s’est égaré sur la route. Les caméras de surveillance montrent sa voiture roulant à vive allure, avant de heurter un bâtiment. Quelques secondes plus tôt, une patrouille palestinienne armée lui avait tiré dessus.
Une soirée, une erreur de direction, et la vie de ce jeune homme a basculé dans l’irrémédiable.
Face à cette tragédie, beaucoup de questions restent sans réponses : pourquoi des points de contrôle armés palestiniens continuent-ils d’opérer en plein territoire libanais ? Comment un citoyen libanais peut-il être la cible de balles tirées par des hommes d’une autre nationalité ?
Une vague d’indignation a rapidement submergé les réseaux sociaux. Certains, animés par une douleur profonde affirment : « Nous avons toujours soutenu la Palestine dans sa lutte pour sa terre, et en retour, des groupes armés opérant en son nom tuent nos jeunes sur la nôtre ». D’autres étaient plus tranchants : « Avec tout le respect, le sang d’Elio vaut à lui seul toute la cause palestinienne ».
Et comme toujours, la société libanaise se divise. Chaque tragédie devient un miroir reflétant notre fragmentation : un peuple qui, sous le masque de l’unité, cache mille fissures prêtes à s’ouvrir au premier choc.
Malgré tout, l’inacceptable s’installe, et l’insensé devient ordinaire. Combien de fois faudra-t-il encore écrire les mêmes mots, pleurer les mêmes visages et dénoncer les mêmes failles ?
Elio est le visage d’une jeunesse qu’on enterre avant qu’elle n’ait pu vivre. Son histoire ne doit pas rejoindre l’écho fatigué de nos condoléances répétées.
Puisse le sacrifice d’Elio servir enfin d’éveil : jeter aux flammes notre jeunesse, serait condamner le Liban à mort.