Tempora ouvre une nouvelle page de son histoire
Avec son 24ᵉ numéro, Tempora amorce une nouvelle étape de son histoire. La revue du Département d’Histoire-Relations internationales de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) entend désormais renforcer son inscription dans les standards des périodiques scientifiques internationaux, en structurant davantage ses contenus, en mettant en place trois comités – de rédaction, scientifique et de lecture – et en visant, à terme, une parution annuelle.
Cette évolution s’accompagne d’une volonté de mieux faire connaître des fonds souvent inexplorés, notamment les précieuses archives photographiques de la Bibliothèque Orientale (BO) de l’USJ. Images de monuments disparus, de paysages transformés ou de témoignages de sociétés traditionnelles : ces collections constituent autant de fragments d’une mémoire que la recherche peut aujourd’hui revisiter et que Tempora entend contribuer à préserver et à transmettre.
Entre exigence scientifique, ouverture internationale et défense du patrimoine, Tempora cherche ainsi à affirmer une identité singulière : celle d’une revue consacrée à l’analyse et à la réflexion autour de documents et de monuments du Liban et des régions qui l’entourent. Dans cet entretien, son rédacteur en chef, Frédéric Alpi, revient sur cette nouvelle ambition, sur le rôle des archives dans le renouvellement de la recherche et sur la place que la revue souhaite occuper demain dans le paysage scientifique consacré au Proche-Orient.
Propos recueillis par Roger Haddad
Ce volume 24 semble marquer une nouvelle étape dans l’histoire de Tempora. Quelles sont les principales évolutions que vous souhaitez apporter à la revue et quelle ambition portez-vous pour cette nouvelle période ?
L'évolution de Tempora se fait dans l'objectif de porter la revue aux normes requises pour un périodique scientifique international. Dès le n° 23, nous sommes passés à un format qui assure une meilleure lisibilité des textes et des illustrations. La structure des livraisons à venir est désormais arrêtée : 1°) articles de fond ; 2°) un ou deux dossiers thématiques ; 3°) notes ou varia, soit de plus courts signalements portant sur un monument, une photographie ou un document d'intérêt historique ; 4°) des comptes rendus d'ouvrages importants parus sur le Liban et la région dans nos disciplines historiques ; 5°) un album photographique issu de vues conservées à la BO [mission Jalabert s.j. en Jordanie dans le n° 23, H. Fleish s.j. et les paysages libanais dans le n. 24, qui sont aussi tirés séparément]. Celui de Jalabert a servi de catalogue à une exposition présentée à Amman au Centre culturel français, avec le concours de l'Ifpo et de l'ambassade de France.
Par ailleurs, selon les normes internationales, Tempora est maintenant doté de trois comités : de rédaction, scientifique et de lecture.
Vous évoquez l’objectif de parvenir à une parution annuelle. Pourquoi cette régularité est-elle aujourd’hui importante pour Tempora, notamment en termes de visibilité et de reconnaissance internationale ?
Il est nécessaire d'y parvenir à terme, notamment pour accéder aux grandes plateformes en ligne. En effet, la publication sur papier demeure onéreuse, moins la fabrication proprement dite que l'exportation hors du Liban, où se trouve la majorité des lecteurs et collègues intéressés. En outre, cette régularité confère une reconnaissance qui nous vaudra, nous l'espérons, de recevoir des articles de qualité, sans que nous ayons toujours à les solliciter auprès des auteurs. De même, les éditeurs seraient disposés à nous adresser spontanément des ouvrages pour comptes rendus.
Le numéro accorde une place importante aux fonds d’archives et aux collections de la Bibliothèque orientale de l’USJ. Quel rôle ces archives jouent-elles aujourd’hui dans le renouvellement de la recherche historique et archéologique sur le Liban et le Proche-Orient ?
Ces archives photographiques sont extrêmement précieuses : documentation de monuments disparus aujourd'hui ou profondément altérés, évolution des paysages (le dossier Fleish est éloquent à cet égard), témoignages ethnologiques sur les sociétés traditionnelles. La photothèque de la BO a bénéficié ces dernières années d'un énorme travail de classement et de conservation. Tempora contribue à attirer l'attention du public sur ce trésor et propose des orientations de recherche.
La revue couvre un espace géographique et chronologique très vaste, de la Préhistoire à la Première Guerre mondiale et à ses prolongements locaux. Comment préserver une identité éditoriale forte tout en maintenant cette grande diversité de sujets ?
Dès le départ, Tempora se voulait la Revue du Département d'Histoire et d'Archéologie de l'USJ. Aujourd'hui, elle demeure celle du Département d'Histoire-Relations internationales, sous l'autorité administrative et académique de la Doyenne, Mme Myrna Gannagé. Toutes les disciplines et périodes qui font et ont fait l'objet d'enseignement et de recherche au sein de ce département – ou qui pourront l'être à nouveau – ont vocation à être abordées dans Tempora. Les différents comités ont été constitués dans cette optique, avec des collègues venus de ces différents champs disciplinaires. Quant à l'espace géographique concerné, il s'agit essentiellement du Liban et régions adjacentes. Cela contribue à l'identité éditoriale de la revue.
Le volume fait aussi ressortir des questions particulièrement actuelles autour du patrimoine, de sa conservation et parfois de sa disparition. Dans quelle mesure l’histoire et l’archéologie peuvent-elles contribuer aujourd’hui à la défense du patrimoine libanais et proche-oriental ?
Il faut d'abord que le public libanais, au-delà des collègues, s'approprie collectivement ce patrimoine comme son bien propre et national, c'est la seule manière de parvenir à sa conservation, voire de le défendre. Avec d'autres, et à son niveau, Tempora participe à cette mission à la fois scientifique et éducative.
Enfin, quelle place souhaitez-vous que Tempora occupe demain dans le paysage des revues scientifiques consacrées à l’histoire et à l’archéologie du Proche-Orient ?
À côté des publications plutôt documentaires (comme BAAL, la très bonne publication informative de la Direction générale des antiquité-DGA) ou d'une revue essentiellement anglophone telle que Berytus de l'AUB, Tempora se veut une revue d'analyse et de réflexion à partir de monuments et de documents méconnus ou revisités. Le champ plus intellectuel de l'enquête philologique (aussi bien dans le domaine des langues anciennes) ou philosophique relève plutôt de nos amis des MUSJ.