25 : le temps du discernement
Les chiffres ont cette étrange particularité de paraître universels tout en demeurant symboliques. Derrière leur apparente neutralité se cachent parfois des histoires, des enjeux et des promesses.
À la parution de ce vingt-cinquième numéro de la NdT, nous aurions pu nous contenter d’y voir une étape de plus dans l’histoire de notre publication. Pourtant, à mesure que ses pages prenaient forme, ce chiffre résumait à lui seul le moment singulier que traversent aujourd’hui les professions langagières : un moment où l’héritage rencontre la transformation et où la fidélité à une mission ancienne dialogue avec l’audace d’inventer de nouvelles voies.
Et si ce 25 n’était pas seulement un numéro?
Le 2 est le chiffre de la rencontre : deux voix qui se répondent ; deux regards qui se découvrent ; deux rives entre lesquelles se tend un pont. Depuis toujours, les traducteurs et les interprètes habitent cet espace subtil où l'altérité cesse d'être une distance pour devenir un échange interculturel.
Le 5 est le chiffre de l’élan vital ; celui des horizons qui s'élargissent, des certitudes qui se déplacent et des chemins qui se réinventent. Il célèbre la curiosité, l’adaptation et cette disposition précieuse à accueillir l’inconnu. Il est bien difficile de ne pas y reconnaître l'écho de notre époque, marquée par l'essor de l'intelligence artificielle et des technologies langagières.
Lorsque le 2 et le 5 unissent leurs forces, ils donnent naissance au 7, souvent associé à la connaissance, mais plus encore au discernement. Le 7 nous rappelle que la véritable intelligence ne réside pas dans l'accumulation des réponses, mais dans la pertinence des questions et que la maîtrise d'un outil importe moins que la capacité à lui donner une direction.
C'est dans cette transformation que se joue aujourd'hui l'avenir des professions langagières. À mesure que les machines prennent en charge un nombre croissant de tâches, la valeur du professionnel se redéfinit : elle se manifeste dans le jugement qui guide l'action, dans l'intelligence qui nourrit la compréhension et dans la capacité à donner du sens à l'information.
Forte de cette conviction, l'ETIB a entrepris une série de décisions ambitieuses. La refonte du Master en interprétation, l'évolution des différents parcours du Master en traduction et l'adaptation continue de la Licence ne répondent pas seulement aux mutations du marché, elles traduisent aussi une vision : celle d'une formation qui prépare aux responsabilités toujours inconnues de demain.
L'enjeu n'est donc plus seulement de maîtriser les technologies, mais aussi de savoir les mettre au service d'une pensée éclairée. Esprit critique, intelligence interculturelle, responsabilité éthique, créativité, adaptabilité et aptitude à collaborer constituent désormais le socle de toute formation appelée à préparer les professionnels de demain.
Nos diplômés en offrent chaque jour la démonstration. Nous les retrouvons dans les organisations internationales comme dans les entreprises technologiques, dans la santé comme dans le droit, dans l'ingénierie comme dans la diplomatie, dans les médias, l'économie, le tourisme ou l'intelligence artificielle elle-même. Cette diversité n'est pas un détour de parcours ; elle en est l'aboutissement.
Sans doute est-ce là que le nombre 25 révèle toute sa portée symbolique : le 2 nous confirme que tout commence par la rencontre ; le 5 nous invite à accueillir le mouvement ; le 7 nous enseigne que l'innovation n'a de valeur que lorsqu'elle demeure guidée par l'intelligence et le sens. Et le 25, dans son harmonie discrète, semble réconcilier ces trois dimensions : l'humain, la transformation et la sagesse.
À l'image de nos professions. À l'image de l'ETIB. À l’image de ce monde que nous aidons, jour après jour, à tisser des liens de compréhension au-delà des langues et des frontières.
Mary Yazbeck
Directrice de l’ETIB
Chef du Département de traduction