
Cet homme, dont le buste trône au club des officiers de Yarzé, m'a toujours fasciné. Ses moustaches et ses lunettes font partie du décor immobile de mes souvenirs d'enfance.
Mon père m'a raconté l'histoire de son meurtre plus d'une centaine de fois et, à chaque fois, il brûlait de peine pour la perte d'un officier si brillant et courageux, qui n'a jamais failli à sa mission.
Jeunesse et engagement
Khalil Kanaan, militaire lâchement assassiné en pleine nuit alors qu'il dormait aux côtés de sa femme, était un homme engagé, et ce, depuis son plus jeune âge. Né en 1937, à l'époque du mandat français, il a effectué sa scolarité à Jounieh.
Il était membre de l'association des scouts et un athlète accompli. Il excellait dans les sports équestres et a remporté plusieurs prix nationaux.
Formation militaire
En 1957, après avoir effectué son service militaire, il a décidé de passer le concours de l'École militaire de Fiyadié, destinée à la formation des officiers de l'armée. Après avoir reçu son étoile de sous-lieutenant d'infanterie en 1960, il est parti en France pour continuer sa formation à l'École d'Application de l'Infanterie à Saint-Maixent.
Contexte historique
Le Liban venait de se relever après un épisode sanglant qui avait marqué les esprits, peu avant la fin du mandat du président Chamoun en 1958. Fouad Chehab venait d'être élu président, ce qui avait apaisé les tensions, les rebelles ayant obtenu un partage plus équitable du pouvoir. La guerre, pour les Libanais, ne devait plus recommencer. Hélas, les ambitions guerrières et territoriales n'avaient pas encore dit leur dernier mot.
Carrière et leadership
Alors que les combats battaient leur plein, Kanaan a été nommé à la tête de la 5e brigade d'infanterie. L'armée livrait des batailles sanglantes face aux milices qui contrôlaient la région chrétienne ainsi qu’aux forces syriennes.
Populaire parmi ses subordonnés, plusieurs d'entre eux l'appréciaient pour sa générosité, son calme dans les moments difficiles et sa mélancolie après la perte de l'un de ses soldats.
Une fin tragique
Sa mort a bouleversé ses proches et ses compagnons les plus fidèles. Lui qui les réconfortait dans le besoin, venait de les quitter à cause d'une bande d’hommes qui avaient attendu l'obscurité pour s'infiltrer chez lui. Eux, des hommes cagoulés, déjà honteux d'un acte qu'ils n'avaient pas encore commis, lui ont ôté la vie d’un geste lâche, blessant grièvement son épouse.
Général Kanaan, on ne vous oubliera jamais.