
Elle est charmante, intelligente et puissante. Elle est patiente, courageuse et résiliente. La femme libanaise mérite les hommages les plus sincères. Son histoire épouse celle du Liban, celle d’un pays façonné, porté et bercé dans ses bras…
Au début de son histoire, la femme, et surtout la femme libanaise, régnait dans le monde divin. Avant d’être mère, croyante ou villageoise, elle était déesse. À Byblos, l’une des plus anciennes cités du monde, trônait Baalat, la « Dame de Byblos », souveraine de la fertilité, de la mer et de la prospérité qui, même sans époux, demeurait l’incarnation d’une cité entière. Insufflant de sa puissance au roi de Byblos, elle veillait sur les échanges entre ce dernier et le Pharaon égyptien. De plus, à ses côtés, le panthéon phénicien accordait un rôle considérable aux puissances féminines, notamment Astarté, déesse de la souveraineté, protectrice, et garante du pouvoir royal. Astarté vivait une histoire d'amour avec le roi de Sidon qui régnait non pas par simple héritage humain, mais par une légitimité accordée par la divinité féminine. Astarté protégeait la cité, assurait sa prospérité et consacrait l’autorité du souverain.
La mythologie grecque conserve l’empreinte du littoral libanais à travers Europe, princesse de Tyr enlevée par Zeus. De son nom est né celui d’un continent, cadeau de la part du dieu du tonnerre en signe d’amour. Ainsi l’Histoire témoigne, dès ses débuts, que le féminin levantin est porteur de civilisation et de transmission. Mais le mythe ne se contente pas de narrer une histoire d’amour. En effet, partant à la recherche de sa sœur enlevée, Cadmus apprend l’alphabet phénicien aux Grecs durant son voyage. Dans ces récits anciens , la femme libanaise n’est pas passive, elle est une fondatrice, une médiatrice entre les mondes, et une matrice du politique et du spirituel.
Avec l’avènement des religions monothéistes, la figure féminine se transforme, sans disparaître. Elle quitte les temples pour rejoindre les récits de foi. Le christianisme libanais honore des figures de sainteté comme Sainte Rafqa, dont la souffrance silencieuse et la persévérance spirituelle sont reconnues par l'Église. Dès lors, la femme devient un modèle d’endurance, de fidélité et de force intérieure. L’islam, quant à lui, place la femme au cœur de la piété familiale et spirituelle, dans le sillage de figures universelles telle que Mariam, honorée dans le Coran et dans l’Évangile. Quant à la tradition druze, elle garde la mémoire de Sitt al-Mulk, femme de pouvoir et de sagesse. Après la disparition de son demi-frère calife Al-Hakim, elle prend en main la gestion de l'État, faisant preuve d’une intelligence politique et d’une autorité morale qui ont fait d’elle une figure majeure.
Puis, l’Histoire se poursuit, jusqu’ au siècle de celle que l’on nomme rarement : l’humble et modeste villageoise libanaise. Elle ne figure ni dans les mythes ni dans les hagiographies, et pourtant elle reste au centre de la société. Elle cultive la terre, transmet la langue, protège les chants, les récits et les secrets de la cuisine libanaise. Elle tient la maison pendant les guerres, accueille les familles après les exils, et maintient le tissu social quand les structures s’effondrent. Oubliée parce qu’elle ne revendique rien, elle est pourtant le pilier silencieux du Liban, héritière lointaine des déesses, et force vitale d’un pays qui, malgré tout, continue à tenir debout.