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Les souks de Jabel Amel : entre traditions locales et commerce moderne

 Les souks populaires de Jabal Amel constituent une composante essentielle du tissu social, culturel et économique du Sud-Liban. En effet, ils ne sont pas uniquement des espaces de vente et d’achat, mais de véritables lieux de vie reflétant l’identité, la diversité culturelle et l’interaction humaine au sein de la société libanaise. Ainsi, étroitement liés à une longue tradition de commerce et d’artisanat, ces souks demeurent des centres majeurs de communication sociale et économique entre les habitants des villes et villages du Sud, notamment Nabatiyeh, Bint-Jbeil, Hasbaya, Khiam, et l’ensemble de la région de Jabal Amel.

Par ailleurs, l’apparition des souks dans le Sud-Liban remonte à l’Antiquité, période durant laquelle ils servaient de centres d’échange de produits agricoles et artisanaux entre les villages de la région intérieur et les villes côtières. Au fil des siècles, ils ont renforcé les liens commerciaux du Liban avec la Palestine et la Syrie. Avec l’arrivée de l’Islam, les souks se sont organisés et spécialisés :  chaque métier disposait de son propre espace afin de faciliter le commerce et d’assurer la qualité des services, comme les souks des fondeurs de cuivre, des bijoutiers, des forgerons et des menuisiers. En outre, ils accueillaient des festivals religieux et sociaux et proposaient des produits saisonniers tels que l’olive, le miel, les fromages et les provisions locales, devenant ainsi le cœur de la vie quotidienne régionale.

De la domination ottomane à la guerre de 2024, en passant par le mandat français, la guerre civile libanaise, la guerre de la libération et même la guerre des 33 jours, les souks du Sud-Liban ont subi d’importantes transformations en raison de ces évènements militaires et politiques. Ces transformations ont touché l’activité économique, l’architecture et le rôle culturel et social de ces souks. 

Ainsi, lors de la guerre des 33 jours, le souk du jeudi à Bint-Jbeil a été entièrement détruit, tout comme le souk de Nabatiyeh a été détruit en 2024. Néanmoins, malgré leur reconstruction partielle, ces souks n’ont pas retrouvé leur vitalité d’antan. Toutefois, ils continuent de jouer un rôle économique et social important en proposant une grande variété de produits agricoles, de provisions, de vêtements traditionnels, d’artisanat, d’outils agricoles et de bijoux, contribuant à la dynamisation de l’économie locale et au remplissage de la trésorerie municipale grâce aux taxes commerciales.

De son côté, le souk du lundi à Nabatiyeh, datant de l’époque mamelouke, demeure l’un des plus importants souks hebdomadaires du Sud-Liban. En effet, il conserve ses traditions commerciales, comme la négociation et les relations de confiance, malgré le déclin de certains souks secondaires face aux produits importés. Ainsi, il reste une source essentielle de revenus pour la ville et un point de rencontre central pour les agriculteurs et commerçants locaux.

De même, le souk du Khan à Hasbaya, d’origine mamelouke et ottomane, a joué tout au long de l’Histoire un rôle primordial reliant entre elles la plaine de la Houla, Marjeyoun et la Palestine. Aujourd’hui encore, en offrant une large gamme de produits agricoles, artisanaux et domestiques, il demeure un centre économique et social reliant les villages environnants et renforçant leurs réseaux commerciaux et sociaux.

Par ailleurs, le souk du jeudi à Khiam et celui du vendredi à Jbaa et Ansar perpétuent la tradition des souks hebdomadaires. Ainsi, ils assurent l’approvisionnement des habitants en produits alimentaires, artisanaux et agricoles, tout en jouant un rôle central dans l’économie locale. De plus, ils soutiennent la trésorerie municipale et demeurent des espaces de rencontre favorisant les échanges intergénérationnels et culturels.

D’une manière générale, ces souks assurent des emplois, soutiennent les petites et moyennes entreprises familiales et permettent aux classes moyennes et pauvres d’accéder à des produits aux prix abordables, tout en préservant la culture économique traditionnelle. En outre, ils constituent des attractions touristiques majeures, offrant une expérience culturelle riche aux visiteurs locaux et étrangers.

Cependant, malgré leur importance, les souks populaires du Sud-Liban font face à des défis contemporains tels que la concurrence des centres commerciaux modernes, la crise économique, la faiblesse des infrastructures et le déclin de l’artisanat traditionnel. Par conséquent, leur préservation nécessite des efforts coordonnés entre les municipalités, les ministères concernés et le secteur privé afin d’assurer leur durabilité.

Enfin, les souks populaires de Jabal Amel demeurent des symboles de résilience et de continuité historique. Ainsi, ils incarnent le patrimoine culturel libanais, relient le passé au présent et constituent un pilier vital de la vie locale et de l’économie socio-culturelle de la région.

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