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Chanter sous les bombes : la musique libanaise face à la guerre

Entre le bruits de explosions et les mélodies qui traversent les quartiers, la musique au Liban s’impose comme un langage capable d’apaiser l’esprit et de survivre à la guerre. Dans une nation ravagée par des crises et des guerres pendant des décennies, une chanson peut parfois suffire à transformer la peur en espoir et la douleur en solidarité. En fait, dans un contexte de guerre, la musique ne se limite pas à un simple art : elle devient un véritable outil psychologique capable d’influencer les émotions et la cohésion sociale des individus.

Pour comprendre l’impact psychosocial de la musique en période de guerre, nous analyserons d’abord son rôle dans l’apaisement émotionnel, puis son impact sur la solidarité sociale, pour enfin étudier sa contribution à la résilience psychologique face au traumatisme de la guerre.

 

Qui parmi nous n’a jamais été transporté par les mélodies de Fairuz, cette voix douce et tendre qui efface toutes sortes de souffrances ? En temps de guerre, où l’angoisse et l’incertitude envahissent notre quotidien, la musique joue un rôle essentiel pour calmer nos émotions et nous aider à nous détacher de la réalité brutale dans laquelle nous vivons. À travers les mélodies sereines ou les paroles nostalgiques pleines d’espoir, certaines chansons offrent un échappatoire face à la violence de la situation de guerre où chacun reconnait ses propres souffrances. Ainsi, la musique devient un refuge émotionnel et un moyen d’expression collective face à la violence de la guerre.

Dans un cadre plus large, les chansons de solidarité ne sont pas seulement porteuses d’un effet individuel : elles créent un lien entre les individus, essentiel en temps de crise. Ceci est bien visible dans la chanson « Betnaffas Horriyi » de Julia Boutros, qui mobilise les individus autour d’un désir partagé de liberté, ce qui fortifie la cohésion collective au sein de la société. Dans ce type de chansons, les paroles transmettent des messages d’unité et de soutien entre les membres de la société. Ainsi, elles renforcent l’identité nationale et le sentiment d’appartenance.

Enfin, au-delà de l’apaisement immédiat, les chansons aident les individus à faire face durablement à la guerre, à construire une résilience et à s’adapter psychologiquement à leurs traumatismes. L’exemple symbolique serait certainement « Sanarjiou Yawman » de Fairuz, cette chanson qui trace le chemin vers un avenir meilleur, ce qui nourrit l’espoir et aide les individus à se projeter au-delà de la guerre, renforçant ainsi leur capacité à persévérer. Nous pouvons également citer « Enni Ekhtartouka Ya Watani » de Marcel Khalifé qui fait de la souffrance une affirmation identitaire et participe à une forme de résilience psychologique. Cette dynamique permet donc aux individus de transformer leur souffrance en espoir et en affirmation de soi, et de persévérer malgré le traumatisme de la guerre.

 

Entre douleur et espoir, les chansons libanaises de solidarité ne se contentent donc pas d’accompagner la guerre : elles en atténuent les effets psychologiques, en transformant la peur en courage et l’isolement en unité. Si elles ne guérissent pas une nation, elles lui permettent néanmoins de continuer à vivre, à résister et à espérer. Dès lors, la musique apparaît non seulement comme un moyen d’expression artistique, mais aussi comme un véritable refuge collectif, capable de maintenir l’espoir et l’unité au cœur de la guerre, empêchant celle-ci de détruire entièrement l’âme de ceux qui la vivent.

Tant que les chansons continueront de résonner au Liban, le silence de la guerre ne pourra jamais vraiment gagner.

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