Il y a des pays qui battent au rythme de la mer. Le Liban, lui, bat au rythme de la musique.
Ces dernières années, malgré les crises, les silences et les scènes éteintes, le pays recommence à chanter.
Avant la tempête : le Liban, scène incontournable du Moyen-Orient
Avant la crise économique de 2019, avant la pandémie de la Covid-19, et avant l’explosion du port de Beyrouth, le Liban était une étape incontournable des tournées internationales. Beyrouth vibrait toute l’année au rythme des concerts en plein air, des festivals mythiques et des salles combles.
Les plus grandes stars arabes et internationales se produisaient au Liban, attirées par un public passionné, cultivé et avide de culture. Les festivals comme le Festival international de Baalbeck ou le Festival international de Byblos faisaient rayonner le pays, bien au-delà de ses frontières.
Le Liban n’était pas seulement un public : il était une expérience. Une scène à part. Aller à un concert à Beyrouth, c’était plus qu’un événement musical. C’était un symbole de modernité, d’ouverture et de liberté dans la région.
Le silence des crises
Puis tout s’est arrêté…
La crise économique a frappé de plein fouet. La livre libanaise s’est effondrée. Les infrastructures culturelles ont souffert. Les tournées internationales ont été suspendues avec la pandémie. Les festivals annulés. Les salles fermées. Pendant un temps, la musique s’est faite plus discrète. Mais elle ne s’est jamais tue…
Car au Liban, la musique n’est pas un luxe. C’ est une résistance.
Le retour des projecteurs
Et puis, progressivement, les lumières se sont rallumées.
Ces deux dernières années, un phénomène marquant s’est produit : le retour des artistes internationaux sur la scène libanaise, avec une affiche pour tous les goûts :
Côté nostalgie au Casino du Liban, les Nuits Nostalgie ont ramené des figures des années 70–90 comme Phil Barney et Philippe Lavil (février 2024), puis Chris de Burgh (juin 2024), et Michèle Torr avec Jean-François Michael (mars 2025).
En parallèle, l’été 2025 a remis les grosses scènes en mouvement avec de la pop internationale (ex. Jason Derulo au Forum de Beyrouth), du R&B francophone (ex. Dadju & Tayc à Beyrouth), et des festivals comme Byblos qui ont alignés des têtes d’affiche pop (Jason Derulo, Lost Frequencies, Slimane, Naïka).
La scène électro s’est aussi imposée avec Adriatique au Beirut Waterfront ou même Black Coffee et 2nd Sun, faisant vibrer les foules jusqu’au bout de la nuit, transformant le front de mer et les grandes scènes beyrouthines en véritables temples de la house et de la techno.
Le public Libanais a également retrouvé ses artistes favoris lors des grandes soirées d’été, avec la présence de stars arabes et libanaises telles que Wael Kfoury, Elissa, Nancy Ajram, Haifa Wehbe, Assala Nasri, Tamer Hosny, Moeen Shreif, Ragheb Alama, Nawal El Zoghbi, Marwan Khoury, Assi El Helani, Hiba Tawaji et Amr Diab.
Leur présence n’est pas anodine. Elle envoie un message fort : le Liban est toujours là.
Les concerts affichent complet. Les réseaux sociaux s’embrasent. Les vidéos circulent. Les jeunes chantent à l’unisson. L’énergie est différente : plus intense, plus émotive. Comme si chaque concert célébrait la survie-même.
Le retour des concerts internationaux n’est pas seulement un événement culturel, c’est un signal: un signal de reprise, de confiance et d’espoir. Les artistes qui viennent aujourd’hui savent qu’ils ne jouent pas seulement devant un public. Ils jouent devant un pays qui a traversé l’impensable. Chaque scène montée, chaque micro allumé, chaque foule rassemblée devient un acte presque politique : celui de croire en un avenir meilleur.
À l’issue de son concert à Byblos, Slimane a partagé son émotion face au public libanais : « Je voulais venir chanter ici depuis très longtemps… Le public libanais m’a accueilli avec une chaleur qui m’a profondément émue. Ici, la musique est une force de vie. »
Beyrouth, capitale culturelle atemporelle
Aujourd’hui, Beyrouth, longtemps surnommée “Paris du Moyen-Orient”, redevient surtout la capitale de la résilience artistique.
Les concerts ne résolvent pas la crise économique et ne réparent pas les institutions, mais reconstruisent quelque chose d’essentiel : le moral collectif.
Voir des artistes internationaux choisir Beyrouth pour leurs tournées, c’est voir le Liban réintégrer la carte culturelle mondiale . C’est un rappel que ce pays, malgré ses blessures, reste un carrefour artistique unique reliant l’Orient et l’Occident.