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Résilience, identité et espoir : le Liban aux JO d’hiver 2026

« Mais comment, en quinze minutes, pouvons-nous passer d’une combinaison de ski à un maillot de bain au bord de la mer ? Depuis quand y a-t-il de la neige au Liban ? Le Liban n’est-il pas un désert ? » Ces phrases, ces mots comme des flèches tranchantes n’ont jamais cessé de frapper en plein cœur les enfants du pays des cèdres. En effet, lorsque on évoque les Jeux olympiques d’hiver, le Liban ne figure pas spontanément parmi les nations phares ou les plus attendues. Pays du Moyen-Orient au climat méditerranéen, il surprend pourtant par sa présence constante sur la scène olympique hivernale, incarnant une singularité géographique et humaine rare. Derrière chaque participation se dessine un combat remporté par la passion, la persévérance et l’attachement profond à une identité nationale.

Cette présence trouve ses racines dans la diversité topographique du Liban. Malgré sa superficie réduite, le pays des cèdres possède plus de deux chaînes montagneuses, avec son plus haut sommet culminant à plus de 3 000 mètres d’altitude, où une neige éternelle peut représenter un message de paix et d’espoir. C’est ainsi que, dans un contexte souvent limité par le manque d’infrastructures et de moyens, des stations telles que Faraya–Mzaar, Les Cèdres, Laqlouq ou Zaarour ont pu bercer la culture des sports d’hiver, modeste mais vivante, dans un hiver glacial.

Pour commencer, le Liban fait partie des premiers pays arabes à avoir participé aux Jeux olympiques d’hiver, avec une première apparition dès 1948 à Saint-Moritz. Depuis, sa participation a été aussi bien intermittente que constante, principalement dans les disciplines du ski alpin et, plus récemment, du ski de fond. Si les délégations libanaises ont toujours été petites, leur portée symbolique n’en est que plus forte.

Au fil des années, plusieurs athlètes ont marqué cette aventure olympique. Jacky Chamoun, figure emblématique du ski alpin libanais, a représenté le pays à plusieurs reprises, contribuant à faire connaître le ski libanais au-delà des frontières. Plus tard, César Arnouk et Farah Fakhro ont incarné cette continuité, illustrant le rôle central de la diaspora dans la représentation sportive du Liban.

À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milan–Cortina 2026, le Liban s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire olympique. Une fois encore, la délégation sera modeste, mais riche de parcours humains exceptionnels.

Célèbre survivant d’une chute quasi mortelle d’une falaise de plus de 14 mètres de hauteur, Samer Tawk, le double olympien, représente un exemple national de force et de résilience. En effet, malgré ses blessures menaçantes, ce dernier a transformé tous les diagnostics qui le condamnaient à une chaise roulante en une seconde qualification aux JO 2026. Dans une discipline quasi inexistante au Liban, l’originaire de Bsharré incarne une trajectoire hors du commun dans le ski de fond. Il a construit son parcours à force de détermination, d’entraînements à l’étranger et de sacrifices personnels. Son histoire illustre la capacité d’un athlète libanais à se hisser au niveau olympique dans des conditions très différentes des standards internationaux, porté par une volonté inébranlable de porter au plus haut le cèdre libanais.

À son tour atteinte d’une blessure à sa jambe droite à deux semaines des JO 2026, Manon Ouaiss, skieuse alpine, symbolise la force de la résilience. En effet, loin de mettre fin à son ambition, cette épreuve a renforcé son engagement. Son retour à la compétition, au prix d’un long travail de rééducation et d’une grande force mentale, fait d’elle l’un des visages les plus inspirants de cette nouvelle génération. Celle-ci sera probablement remplacée par le talentueux André Hayek qui on espère portera au plus haut le drapeau rouge, vert et blanc.

Autour d’eux, le reste des Libanais se compose de visages nouveaux, souvent issus de la diaspora, formés entre le Liban, l’Europe et l’Amérique du Nord. Tous partagent un choix fort : celui de concourir vers les Jeux les plus rudes, les plus durs et les plus incertains, parfois au prix de concessions financières, personnelles et professionnelles. Leurs parcours, composés de doubles cultures et d’attachements profonds, viennent enrichir le récit olympique libanais d’une dimension humaine et identitaire puissante.

Au-delà des résultats et des classements, la participation du Liban aux Jeux olympiques d’hiver 2026 est avant tout une histoire de courage et de fidélité. Elle raconte celle d’athlètes qui avancent au-delà de leurs frontières, au-delà de leurs limites, souvent loin de leur pays, mais toujours animés par la volonté de le représenter avec dignité. Sur la neige olympique, chaque départ, chaque descente et chaque effort deviennent un acte de résistance silencieuse face aux difficultés, une affirmation que le Liban continue d’exister, de rêver et de se projeter vers l’avenir.

À Milan–Cortina 2026, ce n’est pas un simple dossard, mais un drapeau qui skiera sur une neige sacrée, celle de l’Histoire, celle d’un pays qui, malgré les crises, choisit encore l’espoir, la persévérance et la fierté. Cette présence rappelle que la grandeur olympique ne se mesure pas uniquement aux médailles, mais aussi à la force des parcours humains et à la puissance du symbole qu’ils incarnent.

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