
Trois ans. C’est le délai avancé par Elon Musk avant que des robots humanoïdes, les Optimus, ne dépassent les meilleurs chirurgiens humains. Une promesse qui frappe vivement l’esprit et l’imagination ; une promesse presque provocatrice, qui percute de plein fouet une médecine fondée sur la lenteur, l’apprentissage progressif et l’expérience accumulée au fil des corps et des complications. Lors de son entretien dans le podcast Moonshots, le PDG de Tesla et SpaceX a même suggéré que les études de médecine pourraient devenir « inutiles », car les robots offriraient un accès universel à des soins de très haut niveau et à une performance chirurgicale relativement avancée.
Contrairement à l’image futuriste qu’on lui prête souvent, la robotique chirurgicale est déjà bien présente dans le domaine médical. Les systèmes de chirurgie robot-assistée ont déjà démontré des avantages majeurs pour le chirurgien — une précision et une dextérité accrues, une vision tridimensionnelle haute définition et un accès facilité aux zones anatomiquement complexes — mais aussi pour le patient, avec une diminution de la douleur postopératoire, des pertes sanguines et du risque infectieux, ainsi qu’une récupération plus rapide et des cicatrices moins visibles. Cependant, jusqu’à ce jour, aucun de ces systèmes n’est capable de prendre des décisions cliniques autonomes : ils obéissent toujours à un opérateur humain, le chirurgien, assis tranquillement dans son coin, le regard fixé sur sa console, loin du champ opératoire mais pas de la responsabilité.
Cette prémonition technologique soulève alors une question éthique : peut-on déléguer l’acte de soin — et plus encore la décision chirurgicale — à une entité dénuée de conscience morale ? La chirurgie n’exige pas seulement une exécution parfaite du geste, mais aussi un discernement clinique complexe, en particulier pour gérer des variations anatomiques ou des situations imprévues. Elle engage une responsabilité, un jugement face à l’incertitude, parfois même une désobéissance aux protocoles lorsqu’il le faut. C’est effectivement cette capacité à arbitrer durant les imprévus, à intégrer le contexte humain, éthique et émotionnel qui échappe encore à l’algorithme. Confier la décision clinique à une machine pose ainsi la question de la responsabilité en cas d’erreur : qui sera responsable de l’acte ? Le concepteur, l’ingénieur, l’hôpital, Elon Musk ?
Par conséquent, l’enjeu n’est peut-être pas de savoir si les robots remplaceront les chirurgiens, mais comment ils redéfiniront le rôle de ces derniers. L’avenir de la chirurgie pourrait s’inscrire dans une collaboration entre le chirurgien et l’intelligence artificielle (IA), où la technologie augmente le geste sans jamais supplanter la conscience humaine. Loin de rendre les études de médecine obsolètes, cet essor pourrait au contraire les rendre plus exigeantes, sollicitant des médecins capables de comprendre et d’encadrer ces outils. Une évidence s’impose : ce n’est pas la main qui fait le chirurgien, mais le jugement qui la guide.