Que faire?
C’est avec une immense tristesse que l’ETIB a appris le décès de Marianne Lederer le 10 avril 2026 à l'âge de 91 ans. Pr Gina ABOU FADEL SAAD, doyen de la Faculté de langues et de traduction et directrice de l’ETIB de 2012 à 2025, rend un vibrant hommage à cette figure emblématique dont l’engagement, la bienveillance et la passion pour le savoir laisseront une empreinte indélébile.
Dans un courriel intitulé Que faire? qu’elle nous adressait en mars dernier et qui en dit long sur le désarroi et l’impuissance ressentis par nos fidèles ami.e.s, Marianne Lederer écrivait :
« Nous pensons à vous et à tous les Libanais entraînés malgré eux dans la guerre. Nous voudrions pouvoir aider les déplacés. Pouvez-vous m'indiquer à qui adresser un peu d'argent? Avec tous mes vœux d'une fin rapide et d'un retour au calme (et à la reconstruction !)
Tristement mais chaleureusement,
Marianne »
Quelques jours plus tard, l’aide en question arrivait à la Fondation USJ au profit des étudiants de notre École de traducteurs et d’interprètes de Beyrouth (ETIB) qui ont été déplacés par la guerre. Nous la recevions les yeux embués de larmes reconnaissantes.
Que dire? Voilà la question que nous nous posons aujourd’hui, face à cette amitié qui ne nous a jamais abandonnés. Depuis qu’elle a connu l’ETIB, Marianne Lederer s’est tenue aux côtés de ses étudiants et de ses enseignants. Elle a multiplié les conférences et les séminaires doctoraux, instillant dans les jeunes esprits, non pas une théorie sèche mais une manière de penser, de jauger, d’évaluer ce qui se passe lors de l’opération traduisante et interprétative. Passionnée par la théorie interprétative dont elle a magistralement dessiné les contours avec la célèbre Danica Seleskovitch, la grande Dame de la TIT a su semer les graines de la pensée traductologique critique dans nos esprits, nous transformant en disciples aguerris, avides de l’écouter, de la lire et de marcher sur ses pas.
Que dire de Marianne Lederer qui a multiplié à l’égard de l’ETIB les preuves de soutien? Non pas un soutien matériel seulement mais moral également. Derrière les traits sérieux, il y avait un cœur d’or, un sourire affectueux et une âme sensible aux souffrances des autres. L’année dernière, pour nous sortir de l’amertume de la guerre qui nous poursuivait de mois en mois et de quartier en quartier, elle a voulu porter la candidature de l’ETIB devant les membres du jury du Prix Danica Seleskovitch mais n’a hélas pas réussi, malgré tous ses efforts, à les convaincre d’octroyer à la personne morale qu’est notre École ce Prix destiné à des personnes physiques.
Que faire pour remercier Marianne Lederer et lui rendre, ne serait-ce qu’un modeste hommage qui réaffirme la volonté de l’ETIB de repenser ses programmes et de renforcer la recherche pour former des praticiens-chercheurs, à l’image de Marianne Lederer, qui assureront la relève. Ainsi, son nom sera à jamais gravé dans la mémoire de cette École qu’elle a aimée et qui l’a aimée. La promotion 2026 des détenteurs du Master en interprétation sera déclarée Promotion Marianne Lederer.
Honneur à sa mémoire et union de pensée avec tous ceux qui l’ont connue et appréciée !
Gina Abou Fadel Saad
Doyen de la FdLT
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