Mon histoire à l'USJ, certes longue mais si modeste, avait débuté par un rendez-vous pour un entretien d'embauche, par une prière faite naïvement par une fille de vingt ans à St Joseph, « en tant que 'Chef suprême d'une université établie en son nom', et par une grâce généreusement accordée.
C'est ainsi que tout avait commencé.
Mon interlocuteur était le R.P. Jean Ducruet, et il m’avait engagée en tant que secrétaire du Recteur. Le 4 janvier 1979, le Rectorat comptait une seule employée… moi ! Puis petit à petit, l'équipe de ce Rectorat, la famille si je puis dire, s'agrandit. Oui, je dis bien famille, car aux yeux de ce grand Chef, sans concession, nous tous, employés, enseignants et étudiants formons une seule famille et que contre vents et marées (si fréquents durant la période de guerre) 'la famille passe toujours avant tout'.
Ce fut une période de structuration, et de restructuration des institutions de l’USJ, rédaction de statuts, de règlements intérieurs… Ce fut aussi une période de grands troubles, la guerre faisait des ravages et les bâtiments de l’Université ne furent guère épargnés. Des déplacements forcés, des relogements. Les chantiers de reconstruction ne cessaient de se succéder, mais le grand Chef tenait bon et tenait toujours sa chère famille à l’abri des tempêtes à la fois sécuritaires et financières.
Puis, le paquebot changeât de capitaine et le Père Sélim Abou prit la relève. Courage et vaillance furent son pavillon. Ce fut la période où la liberté de notre nation fut célébrée et ce fut aussi l'enthousiasme et les fastes des 125 ans de notre Université.
Le mandat du R.P René Chamussy suivit, puis le mandat du R.P. Salim Daccache. Deux mandats où l'excellence et le rayonnement de l'USJ furent fortement soulignés, et cela malgré les défis constants et les circonstances tragiques que parcourt incessamment notre pays. Grâce à la sagesse de ses dirigeants, notre université, à l’aube de son 150ème anniversaire a su demeurer un pôle solide de persévérance et d’excellence.
La grâce initiale qui me fut accordée ne resta pas orpheline mais plutôt multipliée, et devint grâce sur grâce, ayant eu l'honneur et la chance de côtoyer tant de personnages, M. Henri Awit (Secrétaire général de l’USJ puis Vice-recteur aux affaires académiques), puis M. Toufic Rizk, (Vice-recteur aux affaires académiques).
Dans ma mémoire défilent tant de visages, tant d’amitiés qui me sont très chères, tant de circonstances furent-elles heureuses ou tristes, vécues pleinement au sein de cette grande famille. Tout cela a marqué profondément mon histoire et m’a façonnée à l'image d'un voyageur qui, ayant enfin atteint le rivage, se retrouve enrichi par tous les trésors collectés patiemment au fil de son long voyage.
Mon histoire prenant fin, je la mets entre vos mains Saint Joseph. Je vous remercie de votre confiance et souhaite avoir été quelque peu à la hauteur de vos attentes. J'espère un jour pouvoir vous exprimer toute mon admiration, toute ma gratitude et tout mon amour, en un heureux face à face...".
Beyrouth, le 15 octobre 2025
May Naassan Akiki